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Un gilet jaune ... çà parle ! Petites chroniques que vous n’entendrez pas sur les médias de la pensée unique ...
RETOURS DE MANIF
avec José ESPINOSA et Edith GARNIER ( overblog )
lundi 18 novembre 2019
publié par Marc Lacreuse

I

CE SOIR , JE SUIS HEUREUX ET TRISTE A LA FOIS !

par José Espinosa

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"Dès mon retour de la Place d’Italie où avec mes amis de Montreuil nous étions allé manifester pour nos revendications, j’ai ressenti le besoin d’exprimer mes sentiments partagés.

Satisfait de la soirée anniversaire tenue la veille, soirée politico festive à laquelle plusieurs centaines de participants ont échangé, partagé, rêvé, je partai joyeux à la manifestation montreuilloise de Croix de Chavaux jusqu’à Place d’Italie. Sans incident, entourés d’une empathie populaire, nous voici arrivés sur la place du 13e arrondissement.

Soudain des explosions de grenades lacrymogènes, des charges policières, des gilets jaunes désemparés, des poubelles incendiées. Nous nous rendons dans un café bordant la place pour prendre un sandwich et consommer une boisson. À nouveau, lacrymo, charges, débandades. Ce coup-ci, les gaz pénètrent dans le bistrot. Mes yeux se mouillent, l’air m’est irrespirable malgré le mouchoir en papier me servant de masque. Je suffoque ainsi que mes voisins. nous sortons pour nous mettre à l’écart. Nous prenons une ruelle, nous rencontrons une amie montreuilloise en larmes. Les gaz l’ont surprise dès son arrivée. On se sépare et je conduis une autre amie prendre le métro à la station Chevaleret.

Je reviens sur mes pas, je croise des manifestants qui se dirigent vers la gare d’Austerlitz, j’observe les manoeuvres de la flicaille qui cherche à nous cerner. Je pense que le pouvoir, en difficultés face à la montée du mécontentement et de la colère, tente par la répression aveugle de mater l’insurrection pacifique qui le discrédite depuis une année.

Je pense qu’il n’y parviendra pas. Ce soir les médias à sa dévotion vont tenter de nous opposer aux syndicats, nous opposer entre nous. Les zélés commentateurs vont habler sur l’anniversaire qui a mal tourné sans inviter un seul gilet jaune sur les plateaux. Les directions de chaînes ont reçu l’ordre de n’inviter que des propagandistes macroniens. Mais la vérité chemine. Le mouvement aussi. Ça remue dans beaucoup de quartiers. La police apparaît nue devant des millions de français. l’État devient policier et que fait la police ? Ça crève les yeux comme le clame la majorité des gilets jaunes. Ce soir mon coeur est triste. Le pays s’enfonce dans un autoritarisme digne des pays totalitaires tant honnis par les peuples qui l’ont subi.

Ce soir, d’autres victimes des violences policières, des arrestations, des blessés, des gazés vont rejoindre le panthéon des héros anonymes qui luttent pour défendre les libertés, les droits républicains foulés aux pieds par ce pouvoir aveugle, sourd, méprisant. En réponse aux questions d’une télé étrangère, je viens d’expliquer que la répression aussi forte est l’expression d’une grande faiblesse et d’une peur du rassemblement en vue de la grève interprofessionnelle du 5 décembre. Les gilets jaunes sauront faire front en participant nombreux aux manifestations de syndicalistes et d’étudiants.

Ce soir, après avoir écrit ce post, je retrouve mon optimisme. En préparant l’action de demain à Montreuil.

La vie continue et la lutte aussi.

Ramos a triumfar ! "

José ESPINOSA

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II

RADIO LALLEMENT MENT

de notre envoyée spéciale

Edith Garnier

publication overblog

"C’était la date anniversaire : un an que des gens anonymes se réunissent le samedi pour protester. Contre l’augmentation du prix du diesel, ricanent certains, jamais confrontés à ce problème. La manif étant autorisée par la Préfecture, partant de la place d’Italie, à deux pas de chez moi et mon mari y allant, c’était tentant. J’y vais, pour la première fois, par solidarité. Nous arrivons mon mari et moi vers 10 heures trente : le rassemblement a déjà commencé au centre de la place d’Italie. Des gens arrivent, de différents côtés, de tous âges, simples, des sourires, des regards, une ambiance chaleureuse. Déjà les deux voies du départ, parcours pourtant choisi par la Préfecture, sont bloquées par une double rangée de casques à visière. Ils commencent peu après à dégoupiller les lacrymo et, le bras en arrière à viser les gens qui bavardent, tranquilles. Ils suivent de l’œil la trajectoire, se déplacent de quelques pas pour éviter l’impact puis reprennent leur conversation. Un gars très sympa me demande si je suis équipée ? Non pas du tout. Il tire de son sac à dos un masque de papier et des doses de sérum physiologique qu’il me tend. Je m’étonne que ces fumées de lacrymo n’affectent pas—ou si peu—la bonne humeur générale : on voit que les manifestants présents sont rôdés. Une figure des G.J. comme on dit, vient d’être interviewé. Je l’accroche par la manche, je le congratule. Lui me remercie de ma présence : « Il y en a tant, surtout de votre âge, qui se fichent de ce qui arrive aux autres ». Il m’embrasse. Tout ça est spontané, chaleureux. Jérôme Rodrigues parle aussi un peu plus loin face caméra. Je salue l’exercice : difficile de raconter toujours la même chose en gardant sa spontanéité. En fille d’ophtalmologiste, j’observe aussi son œil artificiel : du bon boulot, bravo à l’équipe chirurgicale.

Les jets de lacrymo pleuvent avec une belle régularité sur des gens immobiles. Une jeune femme, une habituée, s’interroge : « Mais pourquoi ils bloquent l’endroit d’où on va partir ? Un autre lui répond : « Bah, parce que c’est pas encore l’heure ; on a l’autorisation pour 14 heures ». Elle poursuit, têtue : « Non, ils barrent les voies autorisées (boulevard Auriol et de l’Hôpital) et pas les autres (Italie, Blanqui et Bobillot) : ça sent la nasse.

Un J.G. signale des gars en noir cagoulés devant le Mac Do. J’essaie de voir mieux. Trois minutes plus tard, on entend le bruit d’une vitrine qui dévale, celle de la banque HSB, je ne sais quoi, bruit très vague parce que les lacrymo crépitent toujours. Désormais des gars en noir se déplacent, vaquent sans bruit avec rapidité, discrétion et efficacité, tranquillement, comme des gens qui font leur boulot. Ils mettent le feu à une poubelle, jettent sur la voie des barrières de chantier en ferraille. (Pourquoi n’ont-elles pas été enlevées par la Mairie ? Fait exprès ? ). J’aurai bien aimé demander au gars en noir qui s’agitait non loin de moi le but de son activité — il n’avait pas l’air d’improviser—, mais il était très concentré, pas vraiment du genre liant. Serait-ce, avec d’autres, un flic infiltré ? Je n’ai pas tenté le coup.

Comme il était déjà près de midi trente, que ça piquait un peu —froid plus lacrymo— et que le chemin risquait d’être long jusqu’à la Bastille, j’ai entraîné mon époux boire un bouillon chez nous. Les claquements des tirs de lacrymo continuaient bruyants. Il a voulu retourner au front. J’ai choisi de déclarer forfait mais au bout de dix minutes environ, je m’inquiète, je culpabilise et je sors. Devant chez moi, des jets de lacrymo l’un après l’autre et des jeunes gens qui s’enfuient vers le bout de la rue. Je croise un grand Nordique, ses yeux verts rougis et larmoyants. Il me dit avec un accent guttural : « ça s’appelle la dictature, madame. » Je lui demande : « Vous étiez à la manif ? » Il me répond : « Non, je suis un touriste » ? Bienvenue à Paris, vitrine de notre belle France des droadelom ! Je continue quand même jusqu’à la rue Bobillot : fermée, barrage. Un rondouillard casqué qui dégoupille ses lacrymo plus vite que Rambo m’ordonne de « dégager » donc de retourner sur mes pas . Ah non, lui dis-je, j’habite la rue derrière (vers où il tirait). Il aboie de nouveau, le regard mauvais : ces vielles peaux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, une source potentielle d’emmerdes ! Je tourne les talons ; je prends ma rue, vide, il n’y a plus personne. À côté de moi, le sifflement de la bombe lacrymo qui passe avec sa fumée et va exploser un peu plus loin : le grassouillet n’a résisté au plaisir d’en balancer une !

Arrivée chez moi, à l’image sur l’écran de mon ordi du Préfet de Police de Paris, qui annonce que « compte tenu des troubles », la manifestation est annulée. Le reportage se poursuit avec « la figure » qui m’embrassait tout -à- l’heure et qui brandit devant la camera l’autorisation de manifester en bonne et due forme avec cachet de la Préfecture.

Monsieur Lallement, vous mentez. La décision d’annuler la manifestation, n’a pas été prise à cause des troubles mais bien avant. C’était programmé, prémédité. Vous aviez verrouillé dès le matin les voies d’accès à la Bastille — vous connaissiez bien le parcours pour l’avoir vous-même autorisé. Vos hommes ont commencé à canarder et à enfumer alors qu’il y avait encore peu monde sur la place, que tout était calme et joyeux. Vos sbires ont laissé passer les gars en noir, très reconnaissables, qui, si mes renseignements sont bons, sont fichés par vos services et donc faciles à intercepter. Aucun de vos « forces de l’Ordre » si mal nommées, n’a eu la curiosité d’interroger— ce que je n’avais osé faire au risque d’un coup en pleine poire — ces garçons discrets, très affairés, visiblement très « pro », sûrs quant à leurs intentions et… leur commanditaire. Un mauvais esprit avancerait que si ce n’est vous, monsieur le Préfet, c’est donc votre frère. En tous cas, bravo pour un scénario dont le point d’orgue serait votre décision « responsable » d’interdiction de la manifestation. Pas de chance pour vous le jour où l’un de vos sous-traitants, pris de remords, caftera, mais vous coulerez sans doute alors une retraite dorée, dans monde jeté dans le chaos grâce à des hommes d’Ordre qui vous ressemblent. Votre intervention a évoqué pour moi l’époque où une poignée de résistants tenait tête au pouvoir collabo, avec la complicité — ou la trouille— d’une bonne partie du pays comme aujourd’hui. Mais à la fin, ce sont les « fauteurs de troubles » qui ont fait l’Histoire. Après la paraphrase d’un mauvais goût assumé : « Télé Paris ment, les médias sont Lallement », je tire mon chapeau aux hommes (et femmes) qui, en dépit de vos mensonges, de vos gazages et autres gracieusetés ont le courage de continuer chaque semaine à battre le pavé. "

Edith GARNIER

P.S. J’ai retrouvé mon mari indemne. Il n’est pas parfait mais j’y tiens.

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