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TRIBUNE LIBRE
" DE L’ALIENATION "
par Cynthia FLEURY , philosophe , psychanalyste et professeur au CNAM
vendredi 11 mai 2018
publié par Marc Lacreuse

" DE L’ALIENATION "

TRIBUNE LIBRE

DE CYNTHIA FLEURY

( extrait de l’article paru dans l’Huma. du 11.05.18 )

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" Trèves, ville de naissance de Marx dont c’est le bicentenaire, va organiser

plus de 600 évènements .

.../...

Marx, toujours aussi salutaire pour comprendre l’époque dans laquelle nous

vivons .

Petit détour sur la notion d’ "aliénation".

Le concept est le pivot des " Manuscrits de 1844 " : " L’aliénation de

l’ouvrier dans son produit signifie non seulement que son travail devient un

objet, une existence extérieure, mais que son travail existe en dehors de

lui , comme une puissance hostile et étrangère . ". Et de poursuivre en

déroulant le circuit de l’aliénation, comment le phénomène est

profondément systémique : " Nous avons donc maintenant à comprendre

l’enchaînement essentiel qui lie la propriété privée, la soif de richesses, la

séparation du travail, du captal et de la propriété, celle de l’échange et de

la concurrence, de la valeur et de la dépréciation de l’homme, du monopole

et de la concurrence, etc., bref, le lien de toute cette aliénation avec le

système de l’argent . ".

S’opère alors une dialectique viciée et vicieuse entre la production du

travailleur et la dépréciation qu’il va subir. Plus il produit, plus il devient

pauvre ; plus ses productions sont valorisées sur le marché, plus il est

déprécié en tant qu’individu et travailleur .

" La dépréciation du monde des hommes augmente en raison directe

de la mise en valeur du monde des choses . " ;

Le travail est chez Marx ce qui permet à l’homme de transformer le

monde et soi-même.

Aliéner le travail, c’est aliéner l’homme, le rendre étranger à lui-même

et au monde. Dès lors, plus il s’appauvrit lui-même, plus son " monde

intérieur " devient pauvre , et Marx de dérouler cette équation encore

terriblement vraie à l’heure de la mondialisation hypercapitalistique :

plus l’ouvrier produit, moins il a à consommer, plus son produit a de

forme, plus l’ouvrier est difforme, plus son objet est civilisé, plus

l’ouvrier est barbare ...

De la corrélation entre la fabrication d’un iPhone et des conditions de

travail d’un ouvrier chinois ou issu d’un pays dit " en voie de

développement ".

Pour comprendre l’étrangeté que l’on peut ressentir avec soi-même, nul

besoin d’en passer par la psychiatrie, le monde du travail peut suffire

à faire prendre conscience de cette souffrance physique et psychique,

car le "travail " est une santé pour l’homme, au sens où il édifie son

émancipation, sa faculté agente, son sentiment d’appartenance au monde.

" Le travail extérieur, écrit Marx , le travail dans lequel l’homme s’aliéne,

est un travail de sacrifice de soi, de mortification (...). L’activité de

l’ouvrier n’est pas son activité propre. Elle appartient à un autre, elle est

la perte de soi-même. ".

On a quand même rarement aussi bien dit cette dynamique d’aliénation

produisant, d’un côté, le raffinement des besoins et, de l’autre, la perte de

soi-même .

Marx ou la psychodynamique avant l’heure . "

Cynthia FLEURY


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