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DE L’UTILITE
DES SCIENCES SOCIALES
ET DE CE QUI LES MENACE ...
mardi 5 décembre 2017
publié par Marc Lacreuse

, DE L’UTILITE DES SCIENCES SOCIALES

.... ET DE CE QUI LES MENACE ...

par Willy PELLETIER

sociologue, coordinateur général de la

Fondation COPERNIC

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" De toutes les sciences que l’homme doit savoir, la principale, c’est la science de vivre de manière à faire le moins de mal et le plus de bien possible . " Tolstoï

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" Quel paradoxe !

Jamais les sciences sociales n’ont produit autant de

connaissances et de résultats d’enquêtes, utilisables contre les dominations

économiques, culturelles, politiques et la domination masculine. Et jamais

elles n’ont eu, relativement, si peu d’écho public .

Tant de mécanismes se conjuguent pour empêcher qu’elles soient

entendues :

la paupérisation et la caporalisation organisées du travail de recherche

liées à " l’autonomie " libérale de l’université, les formations très business

school qui " cadrent " le pensable parmi les élites et excluent les sciences

sociales ; les connivences spontanées entre dominants du champ économique,

du champ politique et du champ des médias, lesquels se défient des savoirs

qui les défient ; les difficultés rencontrées par les libraires pour promouvoir

des livres qui ne sont pas, déjà, célébrés dans les médias grand public ;

les concurrences entre maisons d’édition, certaines se convertissant bien

vite aux impératifs d’une rentabilité à court terme ... sous l’effet de cette

" révolution conservatrice dans l’édition " qu’analysait déjà Bourdieu en

1999, en soulignant ses conséquences : le poids neuf des pôles commerciaux

et des responsables financiers dans des maisons d’édition, de plus en plus

dirigées par des managers ( issus de la finance et des médias ) , qui "

imposent

à l’édition le modèle de l’entertainement ", de sorte que les "investissements

à long terme sur (...) l’avant garde " et " l’édition de recherche " sont sacrifiés

au profit du best-seller.

Certains croient que, pour rendre les sciences sociales audibles, il faut casser

le monopole qu’ont acquis, dans l’édition et les médias, des essayistes

mondains et les promoteurs d’une pensée vite faite, propre à flatter le sens

commun et l’orgueil des puissants. De fait, ces experts officiels, convoqués

sans cesse, saturent l’espace médiatique " légitime", pour nous convaincre

de consentir au monde tel qu’il va .

Ils haïssent les sciences sociales, qui constituent comme leur antimatière,

loin de l’opinion brouillonne qu’ils ressassent, chic et chiquée, produite

" en chambre ", entre-soi, dans les salons à la mode. A quoi bon les

affronter ? S’y abaisser . Perdre son temps à des numéros de cirque. Dans leur

monde fermé, de ce fight, ils tireront amours, gloire et beauté .Bénis soient

plutôt nos censeurs. Ils nous invitent à les ignorer, nous forcent à d’autres

alliances, écartés d’eux.

C’est l’objet de la Bourse du travail intellectuel et des ateliers que la

Fondation Copernic lance. Pour, sans bruit, sans arrêt, monter partout, à

Noyon, Brest, Toul ... dans des endroits méprisés par les élites, des

rencontres aujourd’hui rares, qui ne reproduiront pas les rapports d’autorité

entre enseignants et enseignés .

S’y développeront, sans hiérarchie, des discussions par lesquelles - entre

salariés, syndicalistes, historiens, sociologues, etc - les apprentissages seront

réciproques, les savoirs critiques seront coconstruits .

Ces ateliers feront en savoir davantage sur les relations qui nous fabriquent,

jusqu’à nous rendre malheureux, isolés, résignés, révoltés, jusqu’à interdire

ou offrir certaines destinées .

Si l’on s’y réapproprie une part de son histoire et qu’on y perçoit qu’elle

s’entremêle à l’histoire des autres, alors la connaissance ne restera plus un

instrument de pouvoir réservé aux élites, elle deviendra, grâce aux sciences

sociales faites outillage, une arme critique qui défatalise et fait rire de la

" grandeur " des grands . "

publié dans l’Humanité du 4 décembre 2017


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