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DEBATS & CONTROVERSES
DEVANT LES APPARENCES ET LES IDEES RECUES : LE PARI DE L’INTELLIGENCE
contribution de Pierre Crépel et Théo Ruchier-Berquet ( revue CAUSE COMMUNE )
mercredi 9 août 2017
publié par Marc Lacreuse

LE PARI DE L’INTELLIGENCE

par Pierre Crépel et Théo Ruchier-Berquet

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" Nous observons toujours les choses d’un certain point de vue, socialement

et culturellement déterminé, découlant aussi de notre situation .

Pour nous, le soleil tourne autour de la terre. Il existe certes aussi des

stratégies de manipulation. Tout groupe dominant produit un discours,

une représentation du monde donnant les apparences du " naturel " à sa

domination. Une classe ne triomphe que parce qu’elle est, d’une certaine

façon, porteuse de valeurs universelles et pace qu’elle en convainc le monde.

Ces stratégies doivent être décryptées et mise à nu : par exemple, le recours

permanent aux statistiques qui permet de " démontrer "n’importe quel

préjugé ( le chômage est " dû à " l’immigration, etc. ) . Il faut étudier ces

techniques à l’œuvre, cette éducation à la superficialité : pseudo-

argumentation, " mathématiques ", psychologie, marketing .

Souvent , il importe aux profiteurs " que la question ne soit pas posée ", que

le fond soit toujours esquivé par la forme, ou que l’attention soit portée

ailleurs.

Le monde journalistique excelle dans cet art, pas forcément de la façon dont

on le croit ou par pur cynisme . Les journalistes façonnent des cadres

d’interprétation, ils sont moins efficaces pour dire ce qu’il faut penser que ce

à quoi il faut penser, et comment il faut le penser. Ils ne véhiculent pas tant

des "idées reçues " que des routines d’interprétation des phénomènes

sociaux .

Ces illusions artificielles et intéressées ont une histoire : par exemple, dans

la philosophie grecque , avec les sophistes, puis les sceptiques. Face à ceux

pour qui le triomphe importe plus que la vérité, comment être lucide ?

Comment ne pas tomber dans le relativisme en croyant déjouer les ruses ?

La démystification n’est pas suffisante . Les idées reçues sont efficaces,

prégnantes, parce qu’elles répondent à quelque chose au plus profond de

nous . Nul ne se prononce, en politique ou dans la vie courante, sur la base

de raisonnements conformes aux règles de la logique . Ce sont tout autant

( souvent davantage ) des émotions, des affects, des juxtapositions d’images,

des habitudes qui emportent notre adhésion. Est-ce si tragique ? Le cœur

peut bien avoir ses raisons que la raison ne connaît pas . Mais, dans ces

défis à la raison, où d’arrête le cœur et où commence la tromperie ? Les

apparences, c’est aussi ce que l’on vit : comment , par exemple, séparer

l’insécurité et le sentiment d’insécurité ?.

Il ne faut ni mépriser les apparences, ne se convertir au marketing

politique qui " réussit ".

Alors, que faire ?

Une première voie consiste à faire vivre la méthode dialectique, à penser

les éléments d’un problème dans leur interaction mutuelle.

Par ses fonctions critiques et heuristiques, elle permet d’envisager la

maîtrise raisonnées des processus, de prendre en compte les possibles et

les contradictions, pour passer à l’action .

Un effort de décentrement, d’ouverture au dialogue et à la discussion

collective est aussi nécessaire pour sortir de nos préjugés.

On ne peut se contenter de " contre-discours ", il faut faire le pari de

l’intelligence . "

( paru dans l’Humanité du 9.08.17 )


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