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DANS LE SILLAGE DE TRUMP. Ce que des mots disent.
Petite revue sur la toile par Madeleine Abassade
vendredi 11 novembre 2016
publié par Madeleine Abassade

11 Novembre 2016

Que Donald Trump ait inscrit la question du transfert de l’ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem dans les 16 points de son programme, comme se sont empressés de le rappeler Jason Dov Greenblatt et David Friedman, [1] au moment de sa candidature à la Présidence des USA, n’est pas très original. Cette question a commencé en 1947 comme le détaille Muriel Termine [2] et n’a eu de cesse, depuis, de soulever des débats.

Au lendemain de son élection, cette question ne sera pas reprise par Netanyahu qui « dans un communiqué, ne fait aucune référence explicite au conflit israélo-palestinien ni à la promesse controversée de M. Trump de déplacer l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem » précise le Figaro [3] Les problèmes que soulèvent cette question, qui reste d’actualité, ne sont donc pas prêts d’être résolus.

Est-ce à d’autres de ses conseillers qu’il faut attribuer la médiatisation sur la toile de ce pseudo événement de quelques potaches américains de 12 ans qui ont chanté à la cantine de leur collège le slogan de Trump «  Build the wall ! », au lendemain de son élection ? Ou font-ils minent de ne pas voir qu’il pourrait s’agir d’une dérision dont les éducateurs pourraient tirer matière à débat ? Ce qui d’ailleurs est annoncé par la direction de l’établissement.

La question du mur est évidemment un point nodal, et s’il s’agissait, par ce slogan, d’évoquer celui entre le Mexique et les USA, elle résonne évidemment avec The wall que continue d’étendre l’Etat d’Israel pour emmurer les villageois palestiniens. [4]

Le pouvoir du jeu avec les mots

Les mots et concepts véhiculés par l’entourage de Trump, ses conseillers et autres, ainsi que par des penseurs qui nous disent comment penser [5] apparaît comme une muleta agitée devant les yeux d’un taureau pour en éveiller les instincts agressifs. A cela près que l’animal réagit à la douleur réelle provoquée par les banderilles et les excitations du torero qui a choisi comme art de jouer avec la mort au détriment du taureau.

Dans cette période où le mot fasciste apparaît sous la plume d’opposants à Trump, autant que pour désigner la politique de Netanyhau en Israel, l’évocation de la tauromachie peut renvoyer symboliquement à la dictature de Franco en Espagne. Mais c’est le mot attribué à Mussolini qui l’emporte. Il a pour mérite d’englober toutes les dictatures. Il est vrai que par ailleurs le mot de nazisme est à juste titre stigmatisé par l’horreur de l’antisémitisme. Ce qui pourrait laisser supposer que des antisémites se cachent derrière le mot fascisme, tout en le dénonçant.

Il semblerait qu’il y ait en Europe une tendance à la radicalisation des propos. Est-ce que les USA sont en voix de devenir un système politique autoritaire, nationaliste, totalitaire, comparable au fascisme ? Oui répondront certains, et la mondialisation que cet Etat dirige en est la preuve.

L’article de Pablo Iglesias de PODEMOS, publié dans Publico, qui commence par "un fasciste a gagné" a au moins pour mérite d’apporter les raisons d’emploi du terme. [6]

Avoir peur ou non des mots

Après la victoire de Trump, il ne s’agit pas ici de nier les coups de boutoir contre ce qui reste de la démocratie et tout à la fois le renforcement du fantôme d’elle-même sous son angle le plus libéral, mais d’interroger les tentatives d’ amalgame qui viennent renforcer les peurs et utiliser les pires fantasmes de victimisation pour servir des enjeux d’assouvissement de pouvoir personnel et plus généralement des enjeux politiques, économiques et impérialistes et de diviser davantage.

Nous savons bien, nous du peuple, que des humains jouent avec le monde et nos opinions à l’aide de concepts. Réalité dont on peut finalement se féliciter tant qu’ils n’ont pas le pouvoir des armes.

Ce formatage de nos pensées ne date pas d’hier, il touche tous les domaines y compris les façons d"envisager le beau ou ce qui ne l’est pas. Ainsi au début du XX° siècle, par exemple, Léon Tolstoi le dénonçait [7].. C’est dire combien l’émancipation de la pensée reste un effort à maintenir constamment.

Au grand jour

La médiatisation à outrance de tout événement catastrophique, et la médiatisation des penseurs dans leur tentative de formatage, à au moins l’avantage de révéler au grand jour ce qui se trame, et de ne plus pouvoir se réfugier derrière le prétexte d’un « nous ne savions pas ».

Interroger les concepts que véhiculent les mots ouvre un champ de liberté à la pensée. Continuons, nous du peuple, à nous emparer des espaces d’expression d’analyse et de la critique, d’interroger les « idées reçues » fabriquées par d’autres et de les soupeser avant de les adopter.

Ce présent site Education Populaire & Transformation Sociale, est un de ces outils d’émancipation (n’ayons pas peur des mots ) partageable, sur lequel chacune et chacun, individuellement ou collectivement, peut apporter sa contribution.

[1] co-présidents du Comité consultatif Israël, qui se targuent d’avoir été choisis par Donald J. Trump pour être ses principaux conseillers à l’égard de l’Etat d’Israël

[2] https://www.cairn.info/revue-guerre...

[3] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2....

[4] http://www.mille-et-une-vagues.org/...

[5] http://www.mille-et-une-vagues.org/... et http://www.mille-et-une-vagues.org/...

[6] http://www.mille-et-une-vagues.org/...

[7] Léon TOLSTOI Qu’est-ce que l’art ?. Préface de Michel Meyer. PUF 2010


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