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Dans le Monde.fr du 14-4-2018.
Des architectes et des paysagistes défendent la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes.
samedi 14 avril 2018
publié par Christian Maurel

A propos des positions défendues par ces architectes (que je partage), on pourrait dire la même chose que ce que j’ai dit de la tribune de Cyril Dion que j’ai publiée ce même jour dans la rubrique "mouvements sociaux" du présent site. Le problème fondamental qui oppose l’État et les Zadistes n’est pas qu’écologique. Elle est de nature fondamentalement politique au sens ou s’opposent deux projets de société, l’un- celui de l’État - défendant le droit de propriété propre au capitalisme dans sa forme néolibérale, l’autre - celui des Zadistes - construisant en situation et en expérimentation ce que pourrait être une autre société plus égalitaire, coopérative, faite d’institutions de "communs" "inappropriables par le marché et par les États (pour employer une fois de plus, le mots de P. Dardot et de C. Laval).

Quant’à cette "école hors les murs" dont parlent ces architectes à propos de l’expérience de la ZAD, cela s’appelle "l’éducation populaire permanente et politique". Comme à d’autres moments de l’Histoire (la Révolution Française, le mouvement ouvrier au 19ème siècle, la Commune de Paris, la résistance et la Libération, et on pourrait ajouter les mouvements sociaux issus de mai-juin 68...) aucune transformation profonde de la société ne pourra se faire sans cette éducation populaire qu’elle soit expérimentée dans les associations d’éducation populaire qui maillent le pays ou dans des mouvements comme celui de la ZAD : une éducation permanente et politique du peuple, par, avec (ces deux derniers mots sont les plus importants) et pour le peuple. Il s’opère là des prises de conscience, de l’émancipation, une augmentation individuelle, collective et démocratique d’agir, de nouveaux imaginaires sociaux porteurs de transformations que ceux qui se battent pour que rien ne change ne peuvent supporter. On envoie donc la police et les bulldozers.

Christian Maurel, corédacteur du site.

Christian Maurel, corédacteurs du site.

Des architectes et des paysagistes défendent la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Un collectif estime qu’elle a vu naître de nouvelles façons de vivre avec la nature.

La ZAD (zone à défendre), laboratoire de l’architecture de demain ? L’idée est soutenue avec ferveur par un collectif d’architectes, de paysagistes, d’urbanistes, de penseurs et de citoyens qui ont publié le 6 avril une tribune sur le site de Mediapart intitulée « Comme à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, défendons d’autres manières d’habiter », suivie d’une conférence de presse le 11, au lendemain de l’offensive des gendarmes et CRS sur le site de Loire-Atlantique. Révoltés par la violence des affrontements entre zadistes et forces de l’ordre et par la destruction des formes de vie et d’habitations qui avaient émergé sur place, les signataires – parmi lesquels l’architecte Patrick Bouchain et le paysagiste Gilles Clément – défendent la ZAD comme un laboratoire du futur. Un terrain d’expérimentations pour de nouvelles manières d’habiter, de travailler, de cultiver la terre, de bâtir, de vivre ensemble, dans le contexte actuel d’épuisement des ressources…

Du point de vue de l’architecture, cette voie vers la transition écologique se traduit selon eux par une grande variété de constructions et une remarquable inventivité : « Ce sont des corps de ferme rénovés lors de grands chantiers collectifs, de nouveaux hangars agricoles aux charpentes impressionnantes ; c’est aussi la force poétique des nombreuses cabanes dans les arbres, au milieu d’un lac, au coin d’une friche, ou d’un champ (…), écrivent-ils. Hors norme, multiples, divers, poétiques, adaptés, bidouillés, légers, sobres, précaires, faits de matériaux locaux ou de réemploi, en terre, en bois, en paille ou en récup, ces constructions répondent à leur échelle aux enjeux écologiques et énergétiques, à rebours du monde que l’industrie du béton et de l’acier est en train de construire partout sur la planète. »

Nicola Delon, architecte : « On est à l’opposé de la modernité aseptisée des hôtels Ibis ou des maisons qui s’alignent en rang d’oignons dans les périphéries, où l’on vit replié sur soi-même »

Des préoccupations qui sont, de fait, au fondement d’un courant de l’architecture contemporaine sensible aux questions environnementales et sociales. Commissaire du pavillon français de la prochaine Biennale d’architecture de Venise, l’agence Encore Heureux en est une des têtes de pont. Nicola Delon, un de ses fondateurs, a signé la tribune. Marqué par ses visites à la ZAD, il défend la vitalité de ce lieu où, selon lui, s’élaborent, « avec un souci de justesse constant », des réponses concrètes aux cris d’alarme des scientifiques à une « morbidité angoissante » qui sourd dans la campagne française.

L’enjeu architectural des constructions de la ZAD ne se pose pas en termes de beau et de laid. Il tient plutôt, comme le note le quadragénaire, aux vertus de ce qu’il appelle « le retour au vernaculaire » : « On est à l’opposé de la modernité aseptisée des hôtels Ibis ou des maisons qui s’alignent en rang d’oignons dans les périphéries, où l’on vit replié sur soi-même, en proie à ce sentiment d’abandon qui nourrit la tentation du vote extrême. C’est là qu’est le danger. Pas dans le travail qu’ont accompli ces pionniers ! » L’architecte rêverait de voir la ZAD rebaptisée « zone d’agriculture durable », et bénéficier, pourquoi pas, au titre de la recherche et développement gratuite qu’elle met à disposition de tous, d’un statut de zone franche, à l’image de ces territoires qu’on défiscalise pour attirer des capitaux étrangers.

« École hors les murs »

Christophe Laurens, architecte, paysagiste qui coordonne le DSAA (diplôme supérieur d’arts appliqués) d’alternatives urbaines de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), signataire lui aussi de la tribune, insiste sur la compétence qui s’est développée dans cette « école hors les murs » dont la société peut aujourd’hui s’inspirer pour inventer un avenir commun. « Cette expérience a produit une intelligence incroyable – sur la manière de tisser ensemble les activités humaines, de créer du lien entre les hommes, avec les animaux, avec l’agriculture, avec le politique… C’est notre survie qui se joue dans ces expérimentations ! »

Quelle urgence y avait-il à détruire ?, se demande Patrick Bouchain. L’architecte du Lieu unique de Nantes estime que le gouvernement a été courageux d’interrompre le projet d’aéroport et comprend d’autant moins la violence d’aujourd’hui. « On aurait pu imaginer faire entrer les choses dans le droit. On aurait pu travailler avec les zadistes, voir ce que leur expérience donnerait à plus grande échelle… Pourquoi considère-t-on qu’on ne peut pas cultiver dans une zone humide ? Parce que l’agriculture se fait avec des engins très lourds. Eux ont réussi parce qu’ils travaillent de manière légère. Aujourd’hui, les gens n’ont plus de lien au territoire. Les zadistes nous montrent que le b.a.-ba, c’est d’avoir les pieds sur terre. L’écologie est de plain-pied dans la ZAD. »


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