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Dans Le Monde du 11-7-2018.
Et l’homme créa la guerre.
Parution de "Par les armes" d’Anne Lehoërff.
mercredi 11 juillet 2018
publié par Christian Maurel

Et l’homme créa la guerre.

Anne Lehoërff analyse la période charnière où des armes ont été forgées non pour se nourrir mais pour tuer ses semblables.

Les histoires commencent souvent par la formule " Un jour… " Le dernier livre d’Anne Lehoërff, qui enseigne la protohistoire européenne à l’université de Lille, s’inscrit volontairement dans cette tradition narrative avec cette première phrase : " Un jour, les hommes inventèrent la guerre. " Spécialiste de l’âge du bronze et de sa métallurgie, Anne Lehoërff a vu passer entre ses mains quantité d’objets anciens, des bijoux, de la vaisselle, etc. Mais pas uniquement. Il y a plus de trois millénaires, les artisans bronziers " fabriquaient aussi des objets pour tuer, des armes. Bien sûr, j’avais enregistré ces pièces dans mes listes d’inventaire ou mes références mentales. Et pourtant, bêtement, naïvement, je ne les avais jamais regardés en face en me disant : “Cette épée a tué des individus, un, plusieurs.” Et les bronziers étaient, littéralement, les artisans de cette mort violente. "

Dans Par les armes, Anne Lehoërff remonte à ce jour, situé quelque part entre 1700 et 1600 avant notre ère, où l’on inventa un objet spécifiquement fait pour tuer d’autres humains, l’épée. Certes des conflits meurtriers avaient eu lieu bien avant l’âge du bronze mais ils étaient rares et détournaient des objets de leur fonction première – l’arc du chasseur, l’outil qu’est la hache. A l’âge du bronze, le progrès technologique, sans doute associé à une volonté politique, permet véritablement la naissance du concept de guerre tel que nous le connaissons : un affrontement armé entre deux groupes humains, accepté socialement, régulé, où les guerriers sont des tueurs légitimes mandatés par le pouvoir.

Le métal a parlé

L’archéométallurgiste qu’est Anne Lehoërff nous entraîne dans l’atelier d’un bronzier car, l’Europe de l’époque ne pratiquant pas l’écriture, c’est le métal qui va parler de ces sociétés du passé. Il dit le savoir-faire de ces artisans, capables de déterminer les bons alliages pour que l’épée ne se brise pas en plein combat. Il dit aussi la course aux armements, l’attaque conduisant à la défense, avec ces boucliers, ces casques, ces armures que l’on retrouve lors des fouilles archéologiques. De fil en aiguille, on passe ainsi de l’épée à ceux qui la fabriquent, à ceux qui la manient, à ceux qui la paient et par voie de conséquence aux sociétés qui organisent la guerre. " Les études techniques, écrit l’auteur, montrent l’énorme investissement dédié à la réalisation des armes. Au nom de la guerre, la société mobilise tout un pan d’elle-même qui se décompose en hommes, en biens, en organisation économique, en statuts sociaux, etc. "

Par les armes est un livre dense… et touffu – la protohistorienne reconnaît avoir volontairement entraîné le lecteur " dans les broussailles ". Mais il est aussi bien plus que cela. Tout au long de l’ouvrage, Anne Lehoërff tisse dans cette étude des armes une " défense et illustration " de l’archéologie, cette façon de dire l’histoire par les objets et non par les textes.

Pierre Barthélémy.

© Le Monde


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