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DANSE
Et les danses des peuples qui résistent à l’hégémonie culturelle ?
Par Madeleine Abassade
lundi 2 octobre 2017
publié par Madeleine Abassade

L’annonce du colloque international "Geste, théâtralité et anti-théâtralité. La performance au-delà du spectacle ? (voir ci-après) " et le film "DJAM" de Tony Gatlif [1], m’ont incitée à interroger, en quelques lignes pour le site Education Populaire & Transformation Sociale, la place occupée aujourd’hui par les danses pratiquées par des peuples qui résistent à l’hégémonie culturelle.

La danse, art du geste, qui traverse toutes les classes sociales, tous les pays, et dont des traces de ses pratiques remontent au moins à la Grèce antique, est entrée depuis une vingtaine d’années dans le champ de la recherche universitaire, au même titre que les autres arts . Elle intéresse des philosophes [2] qui longtemps s’en sont tenus à son absence dans " des notions et des thèmes de la République de Platon". Dans le projet d’organiser "la société idéale", la danse était alors associée à l’ivresse dionysiaque dont il convenait de se garder, lui préférant "une sorte de gymnastique simple et modeste, et qui convienne avant tout à la guerre." [3]

Longtemps cantonnée dans la transmission orale par des illettrées, la danse semblait ne pouvoir exister que comme forme d’expression confondue à la musique. Elle devait répondre à l’exigence de la maîtrise des corps au service d’une définition du beau et de l’harmonie selon les critères du pouvoir politique dominant, dont la danse dite classique reste le parangon. Celle-ci s’affirme toujours héritière de Louis XIV [4]. Développée sous les Empires d’Europe, elle sera un des véhicules de l’hégémonie culturelle monarchique au travers des empires coloniaux, diffusée dans les opéras bâtis à l’image de leur puissance, exportant par la même occasion des valses et autres danses de bals organisés par les colons . Celles inventées par les esclaves seront des formes de résistance aux esclavagistes, ignorées, voire condamnées et interdites. A titre d’exemple, "le maloya" de l’île de la Réunion, "outil fondamental pour garder l´espoir d´une future liberté, forme de complainte liant la douleur, la souffrance, la haine et la joie" [5]. Le Maloya qui associe danse et musique, inscrit au patrimoine populaire, se pratique encore de nos jours, sans pour autant figurer dans la programmation du Théâtre de Saint-Denis de la Réunion où je me suis rendue cet été. Revenue en Métropole, je suis allée en Normandie où j’ai constaté un autre phénomène :

une hégémonie culturelle, venue des USA, véhiculée pour partie par des médias télévisuels et des animateurs, se manifeste depuis plusieurs années, par la disparition progressive de danses dites traditionnelles qui se pratiquaient un peu partout en France. Elles disparaissent au profit d’une danse dite "Country" inspirée à gros traits de celles qui étaient pratiquées par les conquérants des territoires indiens d’Amérique du Nord. Cette danse est relayée, par exemple, par de nombreux normands amateurs, à l’occasion de rencontres festives et publiques. Ils sont chaussés de santiags et portent les accessoires distinctifs des "cow-boys" qui sont les gardiens des troupeaux de vaches. On pourrait alors supposer qu’il s’agit d’une forme d’union des prolétaires et des paysans au travers d’une évolution d’un art populaire qui emprunte à d’autres cultures pour enrichir son propre vocabulaire d’expression. Mais au contraire, les danses normandes, pour ne garder que cet exemple, s’effacent totalement. Cette disparition donne à celui qui y assiste, le sentiment d’une extension d’un territoire qui va dans une seule direction et d’appauvrissement culturel par l’effacement des diversités.

La danse, comme expression du peuple, qui échappe à une uniformisation que déjà sa pluralité lui confère par son pluriel "les danses" , continue de trouver manifestement une forme d’expression de résistance à l’oppresseur, comme en témoigne le film « DJAM » de Tony Gatlif pour la Grèce, dont le rôle titre est tenu par Daphne Patakia qui donne la part belle à la danse dans tout ce qu’elle a d’insolent, de sensuel et de récalcitrant. La danse, avec la musique, le chant et la poésie, par celles et ceux qui les interprètent et les transmettent, comme affirmation d’une "territorialité en rhizomes" encore féconde, ouverte et libre, échappe encore à tout "appareil d’Etat" ou machine broyeuse d’ hétérogénéité. [6]

Ci-après, vous trouverez le programme du premier volet du colloque international Performances / Scènes du réel #1 dans lequel on peut regretter que le mot "danse" n’apparaisse pas.

Geste, théâtralité et anti-théâtralité. La performance au-delà du spectacle ?

Le premier volet du colloque international Performances / Scènes du réel #1

-  Geste, théâtralité et anti-théâtralité. La performance au-delà du spectacle ? aura lieu à l’Institut Acte-Université Paris 1 le 14 octobre 2017 de 9h à 18h. avec Jean-Philippe Antoine, Christian Biet, Garance Dor, Barbara Formis, Flore Garcin-Marrou, Roland Huesca [7] Esa Kirkkopelto, Romina De Novellis, David Zerbib.

Co-organisé par Barbara Formis, Institut Acte, Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne, Sandrine Ferret, Université Rennes 2 et Aurore Després, Université de Franche-Comté, le programme Performances / Scènes du réel se déclinera à la suite en deux autres volets :

Performances / Scènes du réel #2 : Jouer ? Performer ? L’acte performatif en question : le 4 avril 2018 à Besançon, Université de Franche-Comté en collaboration avec l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon, (ISBA), Excentricités, Rencontres autour de la performance.

Performances / Scènes du réel #3 : Corps critiques, subversion et rapport à l’institution : avril 2018 (date à préciser) à Rennes, Université de Rennes 2 en collaboration avec le Musée de la Danse et Les archives de la critique d’art.

Réunissant des chercheurs, théoriciens, artistes, critiques et acteurs culturels, le projet Performances / Scènes du réel s’organise autour de trois équipes de recherche :

l’équipe EsPAS (Esthétique de la Performance et des Arts de la Scène – Institut Acte, CNRS, Paris 1 Panthéon-Sorbonne) ; l’équipe Arts et Lettres – Laboratoire ELLIADD, Université de Bourgogne-Franche-Comté et le Département Arts en collaboration avec le pôle de recherche « Le corps de l’artiste » de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon (ISBA) ; l’équipe PTAC (Pratiques et théories de l’art contemporain), EA 7472, Université de Rennes 2, en collaboration avec Le Musée de la danse – (Centre Chorégraphique National) et Les archives de la critique d’art.

Au plaisir de vous y retrouver,

[1] DJAM nouveau film de Tony Gatlif, depuis le 9 août 2017

[2] Par exemple, le livre de Frédéric Pouillaude agrégé et docteur en philosophie, Le désœuvrement chorégraphique, étude sur la notion d’oeuvre en danse, Paris, Vrin, 2014

[3] Platon La République, Paris, Flammarion, 2002, p. 193

[4] Ecole de l’Opéra de Paris

[5] http://www.moring.fr/reunion/folklo...

[6] Gilles Deleuze, Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 2. Mille plateaux, Paris, Editions de Minuit, 1980.

[7] Roland Huesca Danse, art et modernité. Au mépris des usages Paris, Puf, 2012


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