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FUIR OU COMBATTRE ?
par Marie WILHEM-LABAT
lundi 28 janvier 2019
publié par Marc Lacreuse

FUIR OU COMBATTRE ?

par Marie Wilhem-Labat

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"L’irruption des Gilets jaunes m’a explosé tous les neurones, a détruit toutes mes certitudes et mis le fouillis dans mon cerveau comme le montre ce qui suit.

Militante politique de longue date, j’étais persuadée que j’avais fini par comprendre comment changer le monde pour le sauver. Pour cela, il fallait avoir réfléchi à un plan d’action, des élections et un changement de cap. Je crus le trouver avec la France insoumise. Et je demeure persuadée que si ce mouvement l’avait emporté, il aurait pu permettre une magnifique sortie par le haut, en déclenchant la rédaction d’une nouvelle constitution vraiment démocratique et le lancement d’une transition écologique massive.

Nous ne saurons jamais si j’avais raison. La France insoumise a échoué à convaincre suffisamment et le bateau France file désormais à vive allure vers les chutes meurtrières qui vont le submerger. Exit le changement par le haut.

Enlisement

En un an et demi, le pays a accentué, par le biais des décisions gouvernementales adoptées, son enlisement dans la destruction écologique et la misère sociale. Le tout au profit d’une poignée de gens, désormais bien identifiés, qui sont persuadés que cette fuite en avant vers le gouffre leur profitera à eux et que le gouffre n’engloutira que les misérables, leur laissant à eux seuls le terrain de jeu qu’est notre planète. Ça se tient en plus. Si, par la misère, le retour des épidémies, la faim, les maladies qu’on ne soigne plus faute d’hôpitaux et de prises en charge gratuites, la population diminue, ce qui est bien leur plan, alors la planète, soulagée de quelques milliards d’humains, supportera mieux les prédations des vainqueurs. Convaincue que la résignation serait la seule réponse populaire, je commençai à faire mes bagages, dans l’idée de faire un pas de côté pour sortir du système. J’y fus encouragée par les dizaines de vidéos d’alternatifs que l’on trouve sur Youtube et par les écrits de quelques penseurs que je découvris comme Pablo Servigné, le collapsologue de plus en plus connu et écouté.

Irruption

Et puis les Gilets jaunes ont fait irruption. J’en ressentis aussitôt un immense espoir et décidai d’y participer. Je le fis, un peu, à ma mesure, stupéfaite et ravie de voir leur pensée politique s’affiner de jour en jour pour finir par adopter un plan de sortie de crise assez semblable à celui que la France Insoumise avait préconisé en son temps. Et me voilà à nouveau émerveillée par l’être humain et la magnifique intelligence qu’il acquiert dans l’échange, le débat qui devint la constante sur tous les ronds-points de France que ces révolutionnaires inattendus occupèrent. Et puis vint la réponse gouvernementale et mon état d’esprit passa de l’espoir à l’abattement. Car je compris que cette poignée de nantis, appuyé par le petit quart de Français aisés que compte encore le pays, n’allait rien lâcher. Des vies ont été prises, des centaines de gilets jaunes ont été mutilés. Et tous aujourd’hui sont fichés, harcelés, mis en garde à vue, emprisonnés, rattrapés par des amendes qu’ils sont incapables de payer, convoqués pour se voir intimer l’ordre de ne plus manifester. La machine étatique s’est mise « En Marche » avec une efficacité aussi redoutable que terrifiante, secondée par une communication à toute épreuve qui tend à présenter un faux débat national complètement verrouillé comme une magnifique opération de pure démocratie, secondée aussi par des contre feux habiles comme ces pseudo listes « gilets jaunes » lancées pour diviser le mouvement révolutionnaire.

Découragement

Je pense à présent que les dés sont pipés, que ceux qui ont la puissance de l’argent, de la force armée et l’appui des régimes similaires qui dominent partout dans le monde, remporteront la partie, laissant un peuple exsangue, pantelant, rongé par une colère qui ne trouvera aucun exutoire. Alors j’ai recommencé à faire mes bagages et à écouter ceux qui ont déjà emprunté ce chemin et ont fait le nécessaire pour sortir de l’argent, de la dépendance alimentaire et de la soumission au système. Je crois, pour le moment, que ce sont eux qui ont raison et que ce qui pourrait faire effondrer le système, c’est eux, à condition qu’ils soient de plus en plus nombreux : pas 500 000, pas un million mais des dizaines de millions à tourner le dos à ce monde des riches confits dans leur consommation destructrice. J’y crois, sans vraiment y croire. Je sais que les prédateurs ont prévu de supprimer l’argent liquide dès 2020 et je sais qu’ils le font justement pour éviter cette hémorragie : car sans argent liquide, alors nous sommes dépourvus du moyen d’échanger sous le manteau, loin de leurs règlements et lois liberticides. Je sais qu’ils ont prévu de nous pucer, de nous suivre à la trace et de nous empêcher tout pas de côté. Je sais donc que ce choix est le bon puisqu’ils le contrent. Mais je sais aussi que ça n’arrivera pas : nous ne serons pas des dizaines de millions à cesser d’aller travailler, à cesser d’utiliser leurs banques, à sortir des villes. Parce que c’est difficile et effrayant à faire. Je suis donc actuellement dans un état de pessimisme effroyable.

Réveil

Et je comprends alors que c’est exactement ce qu’ils voulaient et qu’en me résignant à leur victoire, je la leur accorde.

Alors, je redresse la tête, un tout petit peu et j’envoie de l’argent aux différentes caisses qui se sont ouvertes pour les blessés, les emprisonnés, les fichés, les harcelés et tous les combattants gilets jaunes toujours debout qui continuent la lutte avec un entêtement et un courage magnifiques.

Et je me dis que demain, j’irai quand même au défilé, j’enfilerai mon gilet jaune et que si tous les militants comme moi, habitués à perdre, encore et encore, trouvent la force de faire la même chose, d’avoir cet ultime sursaut, de faire cet ultime effort, alors, qui sait si le miracle ne se produira pas… ... qui sait si le bateau France ne réussira pas à rejoindre la berge salvatrice avant les flots en furie de la chute grondante. "

Marie Wilhelm-Labat (intertitres : Pierrick Tillet)


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