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L’expérience autogestionnaire de Marinaleda en Espagne.
samedi 13 janvier 2018
publié par Christian Maurel

JUAN MANUEL SÁNCHEZ GORDILLO, Espagne. Le marxisme pratique.

Juan Manuel Sánchez Gordillo est né en 1949. Maire de la petite ville andalouse de ­Marinaleda, ce professeur de métier est un marxiste conséquent : non seulement il a réquisitionné 1 200 hectares de terres, mais il a fourni un travail et un toit à tous ses administrés. C’est ainsi que ­sa ville ne connaît pas la crise qui ravage l’Espagne.

Si Marx était vivant, il irait vivre à Marinaleda, une petite ville andalouse des environs de Séville qui n’a pas été touchée par la crise et dont le maire, Juan Manuel Sánchez Gordillo, est réélu sans discontinuer depuis trente ans. Pour obtenir un tel résultat, l’édile a commencé par l’essentiel : le droit au logement, au travail, à la santé et à l’éducation. “Il nous a fallu trente ans pour en arriver là. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que ce sont nos solutions qui marchent. La spéculation immobilière, elle, ne pouvait rien donner de bon. C’est la cupidité qui a plongé le monde dans la crise. Les gens sont surpris lorsqu’ils voient qu’ici il n’y a presque pas de chômeurs et que tout le monde a sa propre maison. Mais c’est pourtant ça qui est normal. Ce qui n’a pas de sens, c’est ce qui se fait ailleurs. Et qu’on ne vienne pas me dire que notre expérience n’est pas transposable : n’importe quelle ville peut faire la même chose si elle le souhaite.” Marinaleda est d’ailleurs devenue à la mode : le New York Times, qui cherchait à démontrer comment certaines recettes marxistes peuvent fonctionner, lui a consacré un reportage.

L’aventure a commencé il y a trente ans, quand les habitants ont décidé d’appliquer à la lettre le slogan “la terre appartient à ceux qui l’exploitent” et de confisquer 1 200 hectares en friche appartenant au duc de l’Infantado – un coup de force qui a valu aux habitants de Marinaleda plusieurs années de lutte, de manifestations et de batailles judiciaires. “Le taux de chômage était très élevé, le peuple avait besoin de ces terres, explique le maire. Nous les avons utilisées pour construire l’usine de conserve de légumes qui fonctionne toujours et qui a presque permis d’éliminer le chômage. Cela a changé la vie de beaucoup de monde ici.”

Le système est simple : les habitants ont créé une coopérative qui ne redistribue pas les bénéfices. “On a tout réinvesti pour créer encore plus d’emplois. C’est aussi simple que cela. Chacun a ce qu’il lui faut pour vivre, et c’est tout.” Le salaire des travailleurs (“de tous les travailleurs, quel que soit le poste qu’ils occupent”) est de 47 euros par jour, six jours par semaine, à raison de six heures et demie de travail quotidien – c’est-à-dire 1 128 euros par mois. Mais, en regard, lesdits travailleurs n’ont pas beaucoup de dépenses, car ceux qui se sont inscrits au plan de logement de la mairie paient 15 euros par mois pour leur maison. “Les maisons sont construites sur des terrains municipaux. Celui qui fait la demande s’engage à construire sa propre maison, mais il est aidé par un chef de chantier et un architecte rémunérés par la mairie. Nous avons un accord avec le gouvernement régional d’Andalousie, qui fournit les matériaux. En deux ou trois ans, les travaux sont terminés, la maison appartient à celui qui l’a bâtie et il n’a plus qu’à payer 15 euros par mois.” Un prix dérisoire pour une maison de 90 mètres carrés qui peut être agrandie au fur et à mesure que la famille s’élargit.

Le plein emploi et les logements à prix imbattable sont probablement les aspects les plus visibles de la politique municipale, mais Marinaleda réserve d’autres surprises. Exemple : il n’y a pas de policier. “Nous en avions un, mais nous avons décidé d’économiser ce salaire quand il a pris sa retraite.” N’y a-t-il donc pas de délinquants à Marinaleda ? “Il n’y a pas de vandalisme, par exemple, parce que tout a été construit par les gens du village. Si un jeune ou son père ou un ami a installé un banc, il n’y a pas de raison de le dégrader ou d’y faire des graffitis, non ? Le fait que les budgets soient approuvés par tous contribue également à l’absence de délinquance”, poursuit-il.

La confiance de ses administrés, Sánchez Gordillo la doit peut-être aussi à sa gestion de la mairie. “Avant d’accepter le mandat, nous devons nous engager par contrat à toujours être les derniers à percevoir un quelconque bénéfice. C’est-à-dire que si nous décidons, lors d’une assemblée, d’attribuer de nouvelles maisons et qu’un élu en a besoin, il sera toujours le dernier sur la liste. Pour ce qui est de la rémunération, nous ne touchons rien du tout. Je n’ai jamais rien touché pour faire de la politique. Je suis enseignant et c’est de ce travail que je vis.

Espagne : Marinaleda, un village 100 % en autogestion.

Au coeur de l’Andalousie, le village de Marinaleda fait figure d’exemple pour sa gestion et son administration basées sur l’économie sociale et solidaire.

Pour les Miranalediens, la terre doit appartenir à ceux qui la travaillent. Dès le début des années 80, ils décident alors d’occuper une exploitation agricole de 1200 hectares nommée El Humoso. Cette dernière appartient au Duc de l’Infantado, grand propriétaire de 17 000 ha au total.

Pendant 10 ans, les habitants se battront pour que cette terre leur revienne. En 1991, le gouvernement andalou exproprie et rachète les 1200 ha du domaine et les donne au village Marinaleda, qui en fait une parcelle agricole collective.

La coopérative Humar-Marinaleda comprend aujourd’hui une conserverie, un moulin à huile, des serres, des équipements d’élevage ainsi qu’un magasin.

Les travailleurs produisent notamment des fèves, artichauts, poivrons et huile d’olive. Les bénéfices produits par la communauté ne sont pas redistribués mais réinvestis pour financer la création de nouveaux emplois ainsi que les divers services et équipements municipaux.

Le principe fondamental des Marinalediens : tenter de gérer leurs activités en essayant d’améliorer toujours plus les conditions de travail des ouvriers et offrir le plus d’emplois possible aux villageois Marinaleda : tous les travailleurs gagnent 47€ par jour !

Le salaire de tous les travailleurs, et cela quel que soit leur poste, est de 47 euros par jour. A raison de 6h30 de travail quotidien aux champs et 8h quand il s’agit d’un poste à l’usine.

A noter que la moyenne du salaire dans le reste de l’Andalousie est de 30 à 35 euros par jour.

La plupart des élus politiques, qui ne perçoivent pas de salaire, travaillent à l’usine de conditionnement, et touchent donc le même salaire que leurs camarades, entre 1 100 et 1 200 euros par mois. Marinaleda : des services à portée de tous

La mairie de Marinaleda offre plusieurs services aux habitants, tous à des prix défiants toute concurrence :

- Toutes les installations sportives sont gratuites, sauf la piscine (l’abonnement annuel coûte 3 euros)

- Les habitants règlent seulement la moitié de leurs taxes d’habitation. Le reste est complété par la commune.

- Un restaurant communal, dit « syndicat » propose une restauration très bon marché, subventionnée par la mairie. Un plat coûte 1 euro au consommateur.

- L’eau potable est distribuée à la population par une régie communale. Le montant à payer ? 5 euros par mois. Un prix inchangé depuis l’année 1979.

- La crèche coûte 12€/mois pour un enfant, nourriture comprise.

- La mairie a créé une chaîne de télévision locale et associative où les habitants peuvent s’exprimer et la population est invitée à se servir des murs pour s’exprimer graphiquement.

Marinaleda : quid du futur du village ?

La question de la transmission du système à la jeune génération de Marinaleda est un sujet important pour ce village, et sera dans quelques années un enjeu majeur pour sa pérennité.

Mais les jeunes de 25 ans qui n’ont pas connu les luttes de leurs parents, et qui prennent ce système pour acquis n’ont pas toujours conscience de l’importance de la participation citoyenne dans son fonctionnement.

Bien que beaucoup soient affiliés au SAT, comme leurs parents, ils ne s’impliquent plus au quotidien. Mais le renouvellement générationnel n’est pas le seul problème : le départ de Juan Manuel Sánchez Gordillo, son maire et leader depuis 1979 et la crise économique qui touchent l’Espagne sont aussi des questions préoccupantes pour l’avenir du village. Et vous que vous inspire Marinaleda ? Est-ce un village dans lequel vous pourriez et aimeriez vivre ?

Certains critiques disent que le progrès économique et social de Marinaleda est en grande partie dû au fait que près de 80 % du revenu reçu par la ville provient de transferts d’argent issus d’administrations centrales telles que l’état, la communauté autonome d’Andalousie ou la députation de Séville.

Mais Marinaleda reçoit moins que la moyenne des municipalités de l’Andalousie (en 2011, elle a reçu environ 6,61 % de moins que la moyenne régionale).


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