Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesEducation Populaire & Palestine
DANS UNE DEMOCRATIE
LA DEPUTE PALESTINIENNE KHALIDA JARRAR SERAIT LIBRE
par Gideon LEVY, journaliste israélien
dimanche 8 juillet 2018
publié par Marc Lacreuse

DANS UNE DEMOCRATIE

LA DEPUTEE KHALIDA JARRAR SERAIT LIBRE

par Gideon LEVY

journaliste israélien

----------------------------------------

Une élue parlementaire en prison sans avoir rien à se reprocher est une prisonnière politique à tous égards.

Le maintien en détention de Khalida Jarrar, membre du parlement palestinien, ne peut plus être présenté comme une exception inquiétante dans le paysage démocratique israélien. L’incroyable apathie publique et l’absence presque totale de couverture médiatique de son sort ne peuvent plus non plus être rejetées comme un manque d’intérêt général pour ce qu’Israël fait aux Palestiniens. La répression et le déni habituels ne peuvent pas non plus l’expliquer.

La détention de Jarrar ne définit pas seulement ce qui se passe dans l’arrière-cour sombre d’Israël, elle fait partie de sa vitrine scintillante. Jarrar définit la démocratie et l’État de droit en Israël. Son emprisonnement est une partie inséparable du régime israélien et c’est le visage de la démocratie israélienne, pas moins que ses élections libres (pour certains de ses sujets) ou les parades de la fierté gay qui défilent dans ses rues.

Jarrar est le régime israélien, pas moins que la Loi fondamentale sur la dignité humaine et la liberté. Jarrar est la démocratie israélienne sans maquillage et sans ornements. Le manque d’intérêt pour son sort est également caractéristique du régime. Une législatrice en prison sans que ce soit de sa faute est une prisonnière politique à tous égards, et des prisonniers politiques définis par le régime. Il ne peut y avoir de prisonniers politiques dans une démocratie, ni de détention sans procès dans un État de droit. Ainsi, l’emprisonnement de Jarrar n’est pas seulement une tache noire sur le régime israélien ; c’est une partie inséparable de celui-ci.

Une législatrice palestinienne a été emprisonnée pour rien pendant des mois et des années, et personne en Israël ne se soucie de son sort ; il n’y a que très peu de protestations. Aucun de ses homologues israéliens à la Knesset ne dit quoi que ce soit, pas même ceux de l’hypocrite gauche sioniste ; aucun groupe de juristes ou même la Haute Cour de justice éclairée ne travaille à la faire libérer.

Il est inutile de parler des trivialités que le service de sécurité du Shin Bet lui attribue, ou d’expliquer qu’elle est innocente jusqu’à preuve du contraire. Il ne sert à rien d’écrire encore et encore sur l’immunité parlementaire, de peur que cela ne soit considéré comme une illusion – comment un Palestinien peut-il bénéficier de l’immunité ? Il ne sert à rien de gaspiller des mots pour décrire son courage, bien qu’elle soit peut-être la femme la plus courageuse vivant aujourd’hui sous contrôle israélien.

Toutes ces choses tombent dans l’oreille d’un sourd. Il n’y a pas d’accusations et pas de culpabilité, juste une combattante de la liberté en prison. Le Shin Bet est l’enquêteur, le procureur et le juge, trois positions en une dans le pays aux possibilités illimitées, dans lequel un État peut se définir comme une démocratie, même la seule au Moyen-Orient, et la plupart des Israéliens sont convaincus que c’est le cas, tandis que le monde l’accepte.

Jarrar pourrait finir par passer le reste de sa vie en prison ; il n’y a pas d’obstacle juridique à cela puisque tous les arguments pathétiques utilisés pour justifier son maintien en détention pourraient être considérés comme valables indéfiniment. Si elle est dangereuse aujourd’hui, elle est dangereuse pour toujours. Les prisonniers politiques, la détention sans procès et l’emprisonnement illimité définissent la tyrannie.

Bien sûr, Jarrar n’est pas un cas exceptionnel ; elle n’est même pas la seule députée palestinienne dans une prison israélienne. Il faut donc mettre un terme au discours prétentieux sur la démocratie israélienne, étant donné qu’elle est emprisonnée. Israël avec Jarrar en prison est tout au plus une demi-démocratie.

Par conséquent, la résistance ne devrait plus être dirigée uniquement contre l’occupation. La résistance est contre le régime en place en Israël. Son emprisonnement est le régime et elle s’oppose au régime sous les bottes duquel elle vit. Beaucoup d’organisations de résistance palestiniennes, qui sont toujours définies comme des « organisations terroristes », uniquement en raison de leurs moyens, plutôt que de leurs objectifs, sont des opposantes au régime sous lequel elles ont été forcés de vivre. Leurs objectifs sont semblables à ceux d’autres qui ont résisté à la tyrannie, de l’Union soviétique à l’Afrique du Sud en passant par l’Argentine. Tout comme la poignée d’Israéliens qui veulent soutenir Jarrar. Ils n’expriment pas seulement la solidarité humaine ou l’opposition à l’occupation : ce sont des opposants au régime.

Tous ceux qui soutiennent son maintien en détention, tous ceux qui se taisent pendant qu’elle reste en prison et tous ceux qui rendent sa détention possible disent : Oubliez la démocratie. Ce n’est pas ce que nous sommes. Faut s’y habituer.

Gideon Levy جدعون ليفي גדעון לוי

- Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

- Source : https://www.haaretz.com/opinion/.pr...

------------------------


Répondre à cet article