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ECOLOGIE
LA ZAD DE NOTRE DAME DES LANDES OU L’ELOGE DES MAUVAISES HERBES
par Michel MARCHAND . Une publication Respublica .
mardi 11 septembre 2018
publié par Marc Lacreuse

LA ZAD DE NOTRE DAME DES LANDES

OU L’ELOGE DES MAUVAISES HERBES

par Michel MARCHAND

auteur de " Ne soyons pas des écologistes benêts "

éditions Mille et une nuits

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"En 1974, le Conseil général de Loire atlantique préempte 850 hectares sur les 1 650 ha prévus pour construire le futur aéroport Notre-Dame-des-Landes.

Ainsi est créée la « zone d’aménagement différé » (ZAD) qui deviendra en 2008 la « zone à défendre » pour s’opposer à la déclaration d’utilité publique du futur aéroport dont la construction est confiée au groupe Vinci. Le mot ZAD, avec cette nouvelle signification, s’installe dans le paysage médiatique pour débattre du projet controversé d’un nouvel aéroport jugé inutile pour les uns, nécessaire pour les autres. Suit alors une décennie durant laquelle le conflit prend une ampleur sans précédent qui dépasse la seule région nantaise. Il se cristallise autour de plusieurs événements marquants : grève de la faim d’agriculteurs et opposants à l’aéroport, opération César d’évacuation et de réoccupation de la ZAD (2012), manifestation « sème ta ZAD » et lancement d’une douzaine de projets agricoles (2013), rejet de tous les recours des opposants par la justice administrative et procédures d’expulsions à l’encontre des occupants de la ZAD (2015), referendum local favorable au transfert de l’aéroport de Nantes à Notre-Dame-des-Landes (2016), abandon du projet par le gouvernement actuel, sur la base d’un rapport de médiateurs (janvier 2018).

Si en février 2018, des milliers de personnes se retrouvent sur la ZAD pour fêter la victoire contre l’aéroport, l’affaire n’en reste pas là. Le 9 avril 2018 à 3h20 du matin, le gouvernement envoie 2 500 gendarmes et véhicules blindés contre 300 jeunes engagés dans un projet de vie collective sur un territoire confetti de 16 km². Les véhicules militaires équipés de lance-grenades écrasent les jardins potagers, des rangées de plantes médicinales, les pelleteuses abattent les cabanes fabriquées en terre-paille et détruisent le lieu de conservation des semences. Dans une telle opération, l’État assume (mot d’usage souvent adopté par le gouvernement d’Emmanuel Macron) le risque de blesser des civils à coup de grenades lacrymogènes et grenades assourdissantes. Un usage tellement disproportionné de la force révèle un lourd sens politique. La question se pose alors : de quoi l’État veut-il à tout prix effacer la trace ?

C’est à cette question que tente de répondre le livre « Éloge des mauvaise herbes, ce que nous devons à la ZAD » (ed. Les Liens qui Libèrent, 2018), coordonné par une journaliste de Mediapart, Jade Lindgaard, en donnant la parole à des intellectuels, écrivains pour qui la ZAD de Notre-Dames-des-Landes est bien plus qu’un bout de bocage. On pourra regretter l’absence de contribution d’un responsable politique local (un maire par exemple) et/ou d’un syndicaliste (des contacts positifs ont eu lieu entre la ZAD et CGT Vinci opposé au projet de Notre-Dame-des-Landes) qui auraient apporté un éclairage supplémentaire à cette réflexion multiforme.

La ZAD est née avec le slogan « Contre l’aéroport et son monde ». Il est possible de percevoir cette expérience comme émanant d’un mouvement anarchiste et libertaire, empreinte d’une utopie et d’un lyrisme révolutionnaire. Mais peut être est-ce aussi autre chose à l’heure où un système social s’effondre tout autour de nous et où beaucoup ont perdu la capacité à imaginer qu’autre choses puisse exister. C’est ce qui rappelle le mot célèbre de Margaret Thatcher « TINA, there is no alternative », message de propagande adressé à notre inconscient sur lequel repose tout l’édifice du système capitaliste. A ce titre, en évoquant l’expérience de la ZAD, toute comparaison gardée, il n’est pas étonnant que deux territoires soient évoqués : les Caracoles zapatistes du Chiapas au Mexique et le confédéralisme démocratique kurde du Rojava au nord de la Syrie où, sur une région plus grande que la Belgique, un avenir se construit contre le capitalisme, en s’appuyant sur l’écologie et le féminisme.

La ZAD pose la question de l’autonomie, la possibilité d’être un lieu d’apprentissage et de déconstruction du pouvoir. Elle revendique le droit à l’expérimentation par rapport aux obligations de la normalisation bureaucratique. A ce titre, elle peut ne pas être vue comme une seule utopie mais comme une expérience concrète, hors de l’emprise du marché, en redonnant un sens au travail, cultivant, élevant des animaux, prenant soin de la forêt et en tentant un « vivre ensemble » toutes générations confondues. La ZAD symbolise également un lieu de refuge par rapport à la cruauté du monde contemporain, un lieu d’accueil de déracinés sociaux rejetés par la société. Elle est aussi le lieu d’une bataille politique bien concrète sur des projets d’agriculture où se profilent le productivisme agricole de la FNSEA et les stratégies d’accaparements de terres par les grands distributeurs alimentaires (Auchan, Leclerc).

La ZAD de Notre-Dame-des-Landes nous interpelle en regard de la société telle qu’elle se crée et se développe. De son côté, l’État a fait le choix de traiter la ZAD avec mépris et brutalité et de n’agir que du point de vue de l’ordre public, et comme le suggère Jade Lindgaard, que c’était aussi en toute légalité, qu’il s’apprêtait à détruire le bocage et la zone humide de Notre-Dame-des-Landes. Cela montre à quel point cet ordre républicain, au service du capitalisme financier, est dépassé et impuissant. Les visions subjectives portées par chacune des quinze contributions de l’ouvrage alimentent une réflexion pour chacun sur une réalité de demain qui prend forme sous nos yeux, tentatives de réponses au bouleversement du climat et au saccage des communs."

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Messages de forum :
LA ZAD DE NOTRE DAME DES LANDES OU L’ELOGE DES MAUVAISES HERBES
dimanche 23 septembre 2018
Millot Raymond

Ce laboratoire social pourrait explorer un domaine non évoqué dans le livre comme le propose la lettre suivante envoyée aux 17 contributeurs :

EDUCATION… UN BIEN COMMUN ?

Dans le livre « ELOGE DES MAUVAISES HERBES (ce que nous devons à la Zad) » , Wilfrid Lupano estime que la ZAD : « attire de nombreux jeunes gens désireux d’y construire une vie remplie de sens … des enfants y naissent…une crèche associative a été mise en place…la question de l’école se posera bientôt pour les plus grands. » …

Si cette perspective se confirme, la ZAD pourrait constituer un lieu privilégié pour une recherche-action posant les bases d’une éducation considérée comme un bien commun pourrait être entreprise. La pratique d’une « circulation des savoirs et des biens, non professionnalisante, non académique et non propriétaire » qu’évoque Geneviève Pruvost crée à cet effet un contexte particulièrement favorable.

Dans cet esprit, il ne s’agirait plus de « poser la question de l’école » mais de mettre l’école en question. Changer de paradigme !

A cet effet le processus recherche-action pourrait être adopté. Il suppose que les acteurs partagent un même projet. Un dispositif est alors institué pour permettre une analyse théorique et pratique impliquant systématiquement les acteurs, à certains moments les enfants, leurs parents, et périodiquement des adultes, « chercheurs » non impliqués dans l’action mais en mesure d’apporter leur aide, poser leurs questions et celle des organisations communautaires.

Une recherche-action répondant à cette définition, a déjà eu lieu. L’hypothèse initiale partait du projet d’ouvrir l’école sur son environnement social et naturel. Elle a porté fruit et donné naissance au concept de Société Educatrice dont il est possible de tirer des enseignements utiles pour la ZAD :

Les classe « multi-âges ». Elles ont prouvé l’intérêt d’associer des petits et des grands dans les différentes activités. Situation naturelle où les petits imitent où les plus grands entraînent, aident, expliquent, et peuvent jouer un rôle de « tuteurs » (en concertation avec les adultes). Politique qui s’oppose à la division institutionnelle en classes d’âge. • Situation obligée dans la ZAD où vit un nombre limité d’enfants de tous âges…

La pédagogie du projet. L’ouverture de l’école sur la vie sociale et culturelle a offert de multiples sources d’intérêt aux enfants du quartier. La nécessité et l’envie de faire connaître ce qu’on découvre, ce qui passionne, ce qu’on veut approfondir, ce qu’on critique ou conteste… nécessitent une expression orale précise, une expression écrite correcte (pour un journal, une lettre, une exposition etc.), la lecture de documents, , des connaissances mathématiques, etc. L’usage d’internet et de logiciels pédagogiques permet un travail de systématisation qu’il s’agit d’accompagner. • La ZAD offre une multitude de situations propices à projets : le milieu naturel, les travaux adultes, les fêtes, les luttes, la créativité… Des institutions(?) : bibliothèque, centre informatique, ateliers permettraient les acquisitions et de savoirs intellectuels, culturels, manuels.

La coéducation. Tous les adultes en contact avec les enfants sont considérés coéducateurs potentiels. Les parents par définition avec qui un dialogue est privilégié systématique (collectif et individuel), les personnels de l’institution (enseignants, femmes de service, infirmières etc…pour peu qu’ils partagent le projet éducatif), les travailleurs contactés dans des « enquêtes », différentes institutions (centre de santé, centre culturel, bibliothèque centrale, etc.). • La ZAD offre de multiples chantiers, permet facilement aux travailleurs de contribuer librement au projet éducatif et de s’intéresser à la pédagogie et la psychologie. Situation exceptionnelle donnant la possibilité de donner corps au concept Société Educatrice.

Une politique de lecture ambitieuse. Des Bibliothèque Centre Documentaire (BCD) en libre accès, l’exploration systématique de la littérature jeunesse, les expos-vente de livres (prise en charge par les enfants) sensibilisant les parents, l’utilisation systématique de logiciels de l’AFL, la production de livres pour enfants ont donné corps à cette politique indispensable. • La ZAD possède déjà une bibliothèque. Des militants pédagogiques pourraient lui apporter leur expérience pour poursuivre ce même objectif.

Un lien privilégié avec l’Institut National de la Recherche Pédagogique a permis, pendant les dix ou quinze premières années, de favoriser le développement de l’auto formation des équipes et la production de divers écrits. • La ZAD ne disposerait pas d’une telle aide mais de multiples universités et leurs « sciences de l’éducation » pourraient s’intéresser à cette recherche-action. Bien évidemment, l’institution Education Nationale ne fournirait pas de personnel, mais des militants pédagogiques en retraite ou encore actifs pourraient vraisemblablement apporter leur aide. Les conflits seraient inévitables (comme dans les autres réalisations) mais des alliés pourraient être trouvés notamment du côté des organisations elles-mêmes en recherche d’une autre société, cherchant à mettre en œuvre la transition écologique. Le rassemblement d’intellectuels qui a produit ce livre peut en donner l’espoir.

Raymond Millot- 22 août 2018 rr.millot@wanadoo.fr

(1) Cette recherche s’insérait dans un projet plus large concernant tout un quartier, son architecture, la mixité sociale, les rapports sociaux, la vie culturelle, la santé. Elle allait politiquement à contre-courant et mettait en question la fonction de reproduction sociale assignée à l’école. Sa durée exceptionnelle, sa résistance, (de 1972 à 2000) sont dues à l’engagement militant. Elle a eu lieu dans le Quartier 1 dit « de l’Arlequin » de la Villeneuve de Grenoble. Au départ elle impliquait : 5 groupes scolaires dits « Maisons des enfants » et un collège Les brochures ECOLE OUVERTE-/ RECHERCHE-ACTION/ SOCIETE EDUCATRICE et VIVRE A L’ECOLE EN CITOYENS en donnent une idée et sont disponibles en numérique et sur papier.




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