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AUTOUR DU LIVRE DE GERARD BRAS
" LES VOIES DU PEUPLE " *
entretien ( extraits ) avec l’auteur ; une publication de l’Humanité .
samedi 22 septembre 2018
publié par Marc Lacreuse

" LE PEUPLE FONCTIONNE A L’EMANCIPATION "

ENTRETIEN avec Gérard BRAS

( extraits de la publication dans l’Huma du 22.09.18 )

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" Le philosophe Gérard BRAS, président de l’Université populaire des Hauts-de- Seine, auteur des Voies du peuple * et co-auteur de La Fabrique des transclasses, revient sur ses concepts où le débat autour du populisme fait rage .

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Comment en êtes-vous venu à travailler sur les concepts de peuple et de transclasses ?

Gérard BRAS : J’ai été élu directeur de programme au Collège international de philosophie de 2001 à 2007, dans le cadre d’un programme qui s’appelait " La pensée du peuple " . Après avoir fondé , avec Yves Vargas, le Groupe d’études du matérialisme rationnel, on s’est aperçu que la notion de peuple était le point aveugle dans l’histoire de la philosophie politique. Je me suis par ailleurs intéressé, avec Chantal Jaquet et d’autres, à la question des transclasses, de ceux dont le parcours bouscule les détermiismes et qui engage une attention certaine au sentiment du peuple qui vient de l’articulation du social et de l’affectif .

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Pourriez-vous revenir sur ce que vous appelez les ambiguïtés nécessaires du concept de peuple ?

G.B : Le concept de peuple est nécessairement ambigu, comme Mirabeau l’a affirmé dans son discours du 16 juin 1789 selon lequel c’est un " mot qui se prête à tout ; qui, modeste aujourd’hui, peut agrandir notre existence à mesure que par leur obstination, par leurs fautes, les classes privilégiées nous forceront à prendre en main la défense des droits nationaux, de la liberté du peuple " . Si Mirabeau perd contre Sieyès, qui lui préfère le terme de nation, c’est lui qui a réintroduit le peuple en politique, qui l’a sorti de la péjoration, jusqu’à aboutir à la déclaration d’août 1789 .

En quoi consiste ces ambiguïtés ?

G.B : Dans le concept de peuple, il y a l’art, l’articulation d’un imaginaire collectif transhistorique ( par exemple " le peuple français " depuis " nos ancêtres les Gaulois " ) , la dimension sociale ( nous , les gens du peuple, les dominés, qui se revendiquent peuple avec fierté contre les dominants, les Grands ) , et puis, utilisée par les gouvernants, la dimension de sujet politique fondant l’autorité, par exemple la majorité électorale. L’usage du concept de peuple est un glissement permanent de l’un à l’autre, car le réel lui-même est constitué de ces trois strates et d’une quatrième dimension, le peuple qui s’insurge, qui se constitue dans l’action, par exemple dans la Révolution .

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Mon hypothèse est que les discours qui usent du mot " peuple " utilisent toujours une double opposit ion. La première, frontale, oppose deux peuples extérieurs l’un à l’autre, par exemple deux peuples étrangers . La seconde, à l’intérieur de tout peuple, pose le " vrai" peuple en l’opposant, de manière recouverte, à une partie de lui-même qui n’est pas lui-même, qui le menacerait dans sa pureté . Les discours indentitaires sont là pour confirmer cette tendance à l’homogénéité . Il y aurait dans tout peuple des gens à exclure . Dans le discours contemporain, ce serait les jeunes de banlieue, le hooligan . C’est le statut du lumpenprolétériat de Marx, qui est un prolétariat sans en être . J’entends montrer le risque des discours identitaires, qui n’ont jamais fini de purifier. A vouloir chercher la pureté dans l’identité, on est engagé dans un processus mortifère catastrophique. C’est ce qui risque de se passer chaque fois qu’on construit le peuple par opposition entre "eux" et "nous" .

Mon but est que le concept de peuple fonctionne à l’émancipation . "

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(entretien réalisé par Nicolas Mathey)

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* Références du livre :

LES VOIES DU PEUPLE

Gérard BRAS

Editions Amsterdam

360 pages. 20 euros


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