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Dans Le Monde du 19-4-2018
La loi orientation favorise la réussite de tous les étudiants.
Collectif de présidents d’Université.
vendredi 20 avril 2018
publié par Christian Maurel

Si le choix est fait ici de donner la parole aux défenseurs de la loi d’orientation de l’Université et sur son dispositif Parcoursup, ce n’est pas dans un simple souci d’équilibre du débat démocratique. C’est aussi pour que l’on s’interroge sur les présupposés socio-économiques qui soutiennent les deux positions et sur ce qui se joue dans les deux visons de l’Université, l’une plus centrée sur le libre choix d’appropriation des savoirs, l’autre sur le pré-requis et sur l’acquisition de compétences conformes au fonctionnement de notre système de société actuel. Un question reste entière : qu’est-il prévu pour les bacheliers en difficulté d’apprentissage ou qui ne seront pas acceptés dans le dispositif Parcoursup ? Nous pensons en particuliers aux élèves titulaires d’un bac pro venant majoritairement des milieux populaires Dans les deux cas, la question de l’augmentation significative des moyens est incontournable, notamment en direction de ceux qui sont dans une situation inégalitaire défavorable : financière, pédagogique, d’accompagnement, d’orientation . Ce qui suppose également, pour l’avoir vécu, que l’Université cesse de s’appuyer sur des enseignants précaires, mal et tardivement rémunérés pour accomplir les tâches que d’autres jugeraient moins nobles mais tout aussi importantes et exigeantes. C’est dans son fonctionnement même que l’Université doit se démocratiser si elle veut remplir une fonction sociale démocratique.

Christian Maurel, corédacteur du site.

La loi orientation favorise la réussite de tous les étudiants.

Soixante-trois présidents d’université expliquent que la loi orientation et réussite des étudiants et la nouvelle procédure d’affectation Parcoursup répondent aux besoins des élèves à condition qu’ils soient davantage pris en charge par l’État.

Les universités françaises doivent aujourd’hui faire face à un double défi : d’une part la nécessité de l’accueil d’un nombre toujours plus important d’étudiants, et d’autre part l’accompagnement de ces mêmes étudiants vers la réussite. Cette massification de l’enseignement supérieur doit ainsi s’accompagner d’une -individualisation de plus en plus indispensable des parcours en -considération de la pluralité des profils des nouveaux étudiants.

Dans un certain nombre d’universités, des personnels et des étudiants sont actuellement mobilisés contre la loi orientation et réussite des étudiants (ORE). Leur principale source d’inquiétude est fondée sur la liberté d’accès aux études supérieures pour tous les lycéens titulaires du baccalauréat. Nos universités souscrivent à cette aspiration légitime, car le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche doit être totalement concentré sur cette mission cardinale : mettre les étudiants au cœur de son action afin de les faire réussir.

Cependant, un constat s’est largement imposé. Le système en place jusqu’à présent, parce qu’il est peu efficace, injuste et inéquitable, ne remplit pas cette fonction. Peu efficace au regard du taux national de succès en licence en trois ans (28,7 % des néobacheliers), injuste quand le tirage au sort est nécessaire, et inéquitable quand ce système ne permet pas aux plus démunis de réussir.

Se contenter de constater une situation qui n’évolue pas depuis des années s’apparente, qu’on le veuille ou non, à une vraie sélection qui a l’hypocrisie de ne pas dire son nom. Un tel système qui conduit deux étudiants sur trois à l’échec devrait-il être maintenu ? L’échec n’est pas une fatalité, premièrement parce qu’il s’explique, et deuxièmement parce qu’il peut être surmonté.

En effet, l’échec des étudiants repose essentiellement sur un triple déficit. D’abord, un déficit d’orientation : quels buts sont poursuivis ? Comment sont-ils investis/valorisés. Ensuite un déficit de compétences ou de maîtrise des outils nécessaires au travail universitaire, à la fois ponctuel (prendre des notes, organiser des arguments, maîtriser l’orthographe), mais aussi stratégique (penser un emploi du temps, anticiper les échéances, etc.). Et enfin un déficit de contrôle de sa capacité à conduire un projet – notamment par la prise de conscience d’éventuels manques.

C’est ce diagnostic qui guide depuis une dizaine d’années nos universités, qui ont développé avec succès, sur le mode expérimental et sur la base du volontariat, des stratégies autour de quatre mots-clés essentiels : information, orientation, accueil, accompagnement. Une information auprès des lycéens pour permettre une orientation éclairée, un accueil parfois individualisé à l’arrivée dans le monde de l’université qui peut se révéler déroutant, et un accompagnement des publics les plus en difficulté (tutorats en tout genre, tests de positionnement, groupes de niveaux, mises à niveau, passerelles entre différentes formations, etc.). moyens humains et financiers

Jusqu’à présent, ces différents dispositifs ont été déployés sans une -reconnaissance institutionnelle de leur efficacité par notre tutelle, hors des appels à projets, comme les Initiatives d’excellence en formations innovantes ou Nouveaux Cursus à l’université. Mais ces appels financent des expérimentations, et non une vision nationale et généralisée des évolutions attendues.

La loi ORE, qui s’inscrit dans ces expériences et leur volonté de faire réussir les étudiants, reconnaît enfin les principales valeurs qui sont les nôtres depuis des années : accueil du plus grand nombre, réussite et ascenseur social. En quoi, dans ce cadre, la loi ORE et le dispositif -Parcoursup sont-ils une solution possible ? Que proposent-ils ?

Tout d’abord, le tirage au sort est supprimé dans les filières non sélectives mais contingentées. Par ailleurs, cette procédure permet au futur étudiant de faire le point sur ses envies et ses aspirations pour les études et son devenir professionnel, et elle suppose une réflexion sur la cohérence d’un parcours au regard des acquis. Elle permet aussi aux équipes pédagogiques de mieux formaliser les -attendus, et de faire le point sur l’écart entre les compétences acquises et nécessaires, et ainsi d’expliquer à l’étudiant les dispositifs pensés pour remédier aux éventuels manques. Ce n’est en rien une sélection ; il s’agit au contraire d’organiser un accompagnement vers la réussite pour l’ensemble des lycéens qui auront fait le choix de l’université.

Toutefois, cet ambitieux travail d’information, d’orientation active, d’accueil et d’accompagnement ne peut se concevoir et réussir dans la durée sans un engagement fort de l’Etat. Nos universités sont prêtes à le porter. Il est indéniable que des moyens nouveaux sont demandés à la nation, à l’image de l’effort qui a été -consenti lorsqu’il s’est agi d’accueillir plus de lycéens dans le secondaire. Il s’impose de déployer des moyens humains (enseignement, ingénierie de formation, soutien pour les étudiants, etc.) et financiers (réorganisation et suivi des parcours, bourses, etc.) pour accompagner les enseignants et enseignants-chercheurs dans cette mission. Mais le montant de ces moyens sera toujours bien inférieur au coût social que génère l’échec.

Remettre en cause une loi qui place au cœur du dispositif de formation universitaire la réussite des étudiants, dans toute leur diversité, ce serait à la fois nier la réalité vécue et continuer de sacrifier une partie de la jeunesse qui nous fait confiance. Mettre en œuvre cette loi sans moyens nouveaux à la hauteur des enjeux et inscrits dans une perspective pluriannuelle, ce serait la condamner à l’échec.

Collectif.

© Le Monde


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