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UNE PUBLICATION DE L’ASSOCIATION AUTOGESTION
POURQUOI UN FILM SUR LES COOPERATIVES DE CONSOMMATION ?
jeudi 11 janvier 2018
publié par Marc Lacreuse

EN 2017 , FAIRE UN FILM

SUR LES COOPËRATIVES DE CONSOMMATION

POURQUOI ?

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Faire en 2017 un film sur les coopératives de consommation ?

Voilà le pari risqué qu’a pris Denys Piningre pour son dernier film « Le meilleur suffit ». Risqué parce que ce mouvement qui a pris naissance au XIXe siècle (voir Rochdale) est aujourd’hui en déclin. Un déclin numérique évident en France où l’ancienne Fédération Nationale des Coopératives de Consommateurs (FNCC) fondée par Charles Gide et Jean Jaurès en 1912 ne regroupe plus que 6200 salariés et n’est plus que l’ombre de ce qu’elle a été. Un déclin politique dans la mesure où, dans les pays où elle a su se maintenir face à la grande distribution (Royaume-Uni, Suisse…), l’objectif initial de transformation sociale a disparu.

Alors pourquoi parler aujourd’hui de cette forme de coopération ?

Le réalisateur a construit son film sur deux personnages qui ont une quarantaine d’années de différence. Le premier, Jean Grave, 83 ans, de la Coop Atlantique ; la seconde, Anne Monloubou, 42 ans, co-fondatrice de SuperCoop, un projet de supermarché coopératif « alternatif ». Ce sont deux périodes de la coopération de consommateurs qui se rencontrent. Le premier a dû faire face à l’assaut de la grande distribution dans les années 1970 et 1980. Il a su préserver une grande partie de l’esprit coopératif en s’alliant avec System U, ce qui a permis à Coop Atlantique de continuer d’offrir à ses clients-usagers des prix compétitifs. Aujourd’hui, Coop Atlantique est une des trois dernières grandes Coopératives de consommation régionales. La seconde, s’inspirant de la Park Slope Food créée à Brooklyn en 1973, souhaite initier une expérience comparable dans la région de Bordeaux.

La caméra de Denys Piningre évolue de fractions d’interviews en scènes concrètes de la vie coopérative. Le film évoque le glorieux passé de ce mouvement avec un détour par Rochdale, où les intervenants du musée nous font revivre la flamme des pionniers équitables, et une évocation de l’Union de Limoges qui a su, dans le passé, approvisionner les deux tiers des ménages de la ville et étendre son action au domaine culturel. Le film montre ce qu’est devenu la Coop Atlantique qui s’inscrit dans le droit fil de ces expériences passées. La dernière partie du film est un reportage sur la constitution de SuperCoop qui s’apparente pour l’instant à une grosse Amap mais dont le groupe fondateur ambitionne de devenir un véritable supermarché coopératif où les membres donneront chacun quelques heures de travail tous les mois pour garantir des prix abordables pour des produits de qualité.

Le réalisateur laisse ainsi le spectateur se faire sa propre idée de ce mouvement des coopératives de consommateurs. Coop Atlantique a-t-elle eu raison de s’allier avec la grande distribution ? Le maintien de la tournée des camions de la coopérative dans les villages excentrés, phénomène probablement unique en France, nous le laisse penser. Mais s’intégrer dans les méthodes de la grande distribution pour obtenir du prix, est-ce bien coopératif ? Jean Grave indique au détour d’une phrase qu’il s’agit d’une alliance entre deux coopératives, une coopérative de consommateurs et une coopérative de commerçants (System U). Il est dommage qu’il n’ait pas développé en quoi cela avait un sens tant nous sommes tous plus que sceptiques sur le caractère transformateur de ces centrales d’achat dans lesquelles des supermarchés privés se regroupent sous forme coopérative.

La place du travail dans le mouvement coopératif est effleurée. Le côté a priori décontracté des relations de travail dans la coopérative nous montre qu’une coopérative d’usagers n’est pas là pour faire de l’argent mais pour répondre à un besoin social. Il n’en reste pas moins que les salariés restent en position subordonnée. Est-ce que SuperCoop sera à même d’apporter du nouveau sur ce sujet ? Le fait que les membres doivent toutes et tous travailler bénévolement permet d’envisager un dépassement de l’antagonisme travailleurs-usagers. Quelle relation avec les futurs salariés ?

Denys Piningre a délibérément choisi de ne pas répondre à ces questions en laissant ouvert le champ des possibles. La coopération de consommateurs est loin d’être morte et ce film nous fait comprendre qu’elle participe à l’évolution en cours du mouvement coopératif dans son ensemble.

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LE MEILLEUR SUFFIT

Documentaire, 52′, 2017, France Auteur-réalisateur : Denys Piningre Coproduction : Vosges Télévision

Avec le soutien du Centre National de la Cinématographie et de l’Image Animée, de la Procirep-Angoa, de l’Institut du Développement Coopératif et du Peuple Créateur


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