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Paris VIII, l’université de toutes les radicalités.
par Zineb Dryef.
mardi 1er mai 2018
publié par Christian Maurel

Paris-VIII, l’université de toutes les radicalités.

C’est l’un des foyers de mobilisation contre la loi orientation et réussite. Héritière de l’esprit de Mai-68, l’université Vincennes-Saint-Denis est au centre des débats qui agitent la société. Quitte à déranger.

Véronique Corazza peine à détacher les yeux de ses fiches. Le moment est solennel, le public attentif et les médias nombreux. Le visage grave, elle ouvre la table ronde « Être toujours Charlie en Seine-Saint-Denis », devant un parterre de personnalités réunies aux Folies-Bergère à Paris. Principale d’un collège à Saint-Denis, elle raconte qu’« être Charlie, c’est aussi agir au quotidien contre l’intrusion dans [son] collège d’idéologie et d’agissements antirépublicains ».

Le premier exemple qu’elle donne est celui des étudiants de Paris-VIII qui postulent pour devenir assistants d’éducation. Lors des entretiens d’embauche, elle est « très vigilante » : elle ne voudrait pas qu’ils introduisent dans son collège des « pratiques antirépublicaines » comme ces « réunions non mixtes racisées qu’ils organisent dans leur université ». La scène date de janvier.

Un « territoire perdu de la République » ?

Parmi les derniers échos de la faculté et de ses tumultueux étudiants ? Le 21 mars, Le Figaro titre « Le racisme antiblanc s’affiche à Paris-8 » où des murs ont été recouverts de tags scandaleux. Echantillon : « Français = PD », « Femmes, voilez-vous ! », « AntiFrance vaincra », « Mort aux Blancs », « Beau comme une voiture de police qui brûle », « Califat autogéré. Internationale islamo-situationniste ».

Certes, l’université est rarement immaculée mais, cette fois-ci, la virulence des tags interloque. L’affaire est prise au sérieux. La présidence porte plainte à l’encontre des auteurs non identifiés de tags antisémites et la Licra publie un communiqué à la conclusion ferme : Paris-VIII « ne doit pas être le prochain territoire perdu de la République ! »

Plus de 22 000 étudiants pour 71 435 mètres carrés tout au bout de la ligne 13, à une dizaine de stations du centre de Paris. Le voici donc ce « territoire perdu de la République ». Plantés dans un paysage chagrin, les bâtiments sont entourés de barres d’immeubles, de grands axes routiers et de l’immense cube de verre des Archives nationales. L’entrée principale étant bloquée ce jour-là – nombre d’étudiants et enseignants sont mobilisés « contre la sélection à l’université » prévue dans la loi orientation et réussite – un autre accès a été aménagé.

On y pénètre sans difficulté. Sur un grand panneau qui accueille les visiteurs, vestige d’une exposition sur l’histoire du lieu, des photos en noir et blanc d’une manifestation étudiante de 1979 et ces lettres noires qui se détachent : « Les bergers de Vincennes ». Un rappel et une fierté : Paris-VIII n’est pas une université comme les autres. Elle a d’abord été un centre expérimental, né dans la foulée de Mai-68, dans le bois de Vincennes, et complètement rasé en 1980 à la demande de l’Etat avant d’être déménagé dans la foulée dans ses locaux actuels. Elle porte aujourd’hui encore le nom d’université Vincennes-Saint-Denis.

A sa grande époque, c’est là qu’on se pressait dans des salles enfumées pour voir, pour écouter, pour interrompre les Foucault, Deleuze, Lyotard, Châtelet, Castel, Cixous, Lapassade et autres fantômes superbes de la grande épopée de la pensée critique ; celle qui inventa des disciplines qu’on n’enseignait nulle part ailleurs et comme nulle part ailleurs (la psychanalyse, la linguistique, le cinéma, le théâtre, l’urbanisme, les sciences de l’éducation…) ; celle qui porte depuis toujours les combats politiques d’avant-garde (droit des femmes, des immigrés, des homosexuels…) ; celle, ouverte aux non-bacheliers et aux salariés, où un menuisier peut devenir docteur en histoire contemporaine (ce destin singulier est celui de l’historien Philippe Mioche) ; celle qui abolit les cours magistraux et les cursus prédéfinis, impose le tutoiement à tous, rechigne à noter les étudiants, et tolère qu’on soutienne son mémoire de maîtrise au café.

Un lieu détenteur d’une histoire

De cette décennie folle et créatrice, qu’on se raconte encore à Paris-VIII et dont on voudrait croire qu’elle se perpétue, que reste-t-il ? « Une histoire », dit Charles Soulié, maître de conférences à Paris-VIII et auteur d’Un mythe à détruire ? Origines et destin du Centre universitaire expérimental de Vincennes. Il demeure aussi sa vocation d’ouverture. Dans les années 1980, Paris-VIII a été rebaptisée « l’université des sans-papiers » : alors que les politiques migratoires n’ont cessé de se durcir, elle a maintenu sa tradition d’accueil des étrangers. Avec ou sans papiers.

Ce n’est pas un hasard si c’est ici que des étudiants, soutenus par des enseignants, hébergent depuis février près de quatre-vingts réfugiés. Le bâtiment A de l’université, réquisitionné, a été transformé en réfectoires et en dortoirs de fortune.

La présidente, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, a fait le choix de ne pas faire appel à la police – les uns soutiennent qu’elle tient « par humanité », d’autres « parce qu’elle ne peut pas faire autrement ». Si, en off, l’exaspération est grande – on dit soupçonner le collectif d’instrumentaliser les migrants, craindre un accident (les installations électriques sont vétustes) et, plus prosaïquement, on veut récupérer les salles de cours –, publiquement, tout le monde soutient l’occupation « par fidélité à l’histoire de Vincennes ».

« C’est l’“université-monde”, il suffit de regarder », sourit Charles Soulié, qui, depuis le banc sur lequel il est assis, désigne les étudiants qui déambulent. Paris-VIII, l’université la plus internationale de France, compte 29 % d’étudiants étrangers, et ça crève les yeux.

Déjà, à sa création, elle accueillait ceux qui venaient de ce que l’on appelait encore le tiers-monde. Leur nombre s’est accru jusqu’à atteindre 47 % en 1977-78. « C’est radicalement nouveau par rapport à ce que j’ai connu ailleurs, décrit Fabienne Brugère, enseignante en philosophie. Dans mes cours, j’ai environ 60 % à 70 % d’étudiants étrangers. Ils viennent de partout : depuis une étudiante de l’UCLA jusqu’à des étudiants issus de notre master commun en Haïti. Des gens qui ne viennent pas du tout du même monde. »

La sociologie « par le terrain »

Soulié a travaillé avec ses étudiants sur leur université, par le prisme du fait religieux. D’abord, parce qu’il a songé que ça les intéresserait. Ensuite, parce que le département de sociologie de Paris-VIII a pour spécificité de « faire entrer en sociologie par le terrain », dès la première année de licence.

A la fin de leur enquête, Soulié et ses étudiants ont établi un tableau des croyances des étudiants de licence. Si les sans religion arrivent largement en tête (49,9 %), parmi les croyants, ce sont les musulmans les plus nombreux (19,8 %), suivis des catholiques (11,4 %).

Ce qui s’explique par la sociologie du lieu : l’université compte beaucoup d’enfants du « 9-3 », et donc d’étrangers et d’enfants d’immigrés. Soulié observe avec bienveillance la cohabitation de ce public aux « standards traditionnels » avec une avant-garde militante et intellectuelle issue de la petite bourgeoisie plutôt blanche (sensibles aux questions queer, LGBT…).

« C’est un endroit incroyable », résume Lauren Bastide, qui a lancé fin 2016 le podcast féministe La Poudre. Ancienne journaliste à Elle et au « Grand Journal » de Canal+, elle a repris le chemin de la fac il y a deux ans. Inscrite en master d’études de genre, où la mixité est moins évidente – il y a beaucoup de femmes blanches, assez bobos –, elle n’en revient pas d’une telle diversité dans les couloirs.

Décidée à rechercher ici des clés théoriques, elle n’a pas été déçue. Elle a découvert Stuart Hall, Frantz Fanon, Sandra G. Harding, Donna Haraway… des figures des cultural et des women studies, tout en étant « sous perfusion de Bourdieu et Foucault ». Des discours qui mettent le doigt sur la notion de privilège. « Les toutes premières semaines, je me sentais illégitime, je me disais : “Je suis une bourgeoise, blanche, parisienne.” J’ai appris à prendre du recul depuis. »

Une mixité hors du commun

Peut-être plus qu’ailleurs, les publics se croisent, se frôlent mais sans forcément se rencontrer. Ici, des garçons barbus en jogging noir. Là, des étudiantes japonaises et coréennes, du département des arts. En « AG », quelques jeunes aux cheveux rose pâle ou aux sourcils teints en vert. Plus loin, contre un mur sur lequel on a peint « révolution clitoridienne », des étudiantes qui portent l’une un turban rose à franges, l’autre un foulard classique jaune pâle.

Cette mixité a ses vertus et ses limites, observe Soulié. Si l’université peut servir de refuge à certains – l’enseignant cite dans son enquête le témoignage de Salima, 23 ans, voilée : « Avec tous ces gens venus d’ailleurs, et beaucoup de filles voilées, tu vois, je me sens plus à l’aise ici que dans ma propre ville, qui est à trente minutes, même pas » –, ce recrutement peut avoir un effet repoussoir, voire stigmatisant, pour des étudiants parisiens, d’origine plus bourgeoise, catholique, etc. « Mais on peut aussi penser aux étudiants d’origine juive un peu croyants qui, malgré la proximité spatiale de Sarcelles (…), évitent le plus souvent de s’inscrire dans cette université souvent perçue comme pro-palestinienne », poursuit Soulié.

« Il s’agit d’abord d’une université populaire. » Laurent Jeanpierre, professeur, directeur du LabTop

Dans ce lieu d’enseignement plus métissé qu’ailleurs, on est aussi plus sensible aux grands sujets qui traversent la société et la divisent : immigration, minorités, identités, religion, genre… Autres préoccupations plus récentes : les violences policières – on lit « ACAB », pour « All cops are bastards », sur tous les murs –, les questions postcoloniales et celles liées à la notion de race.

L’organisation en 2016 d’un cycle de conférences « Paroles non blanches » par des étudiants a suscité l’indignation jusque dans l’Hémicycle de l’Assemblée nationale. Un malentendu, plaide-t-on ici. « Cette histoire de groupes non mixtes à Paris-VIII est une construction étatique, non pas au sens où ces groupes n’existeraient pas, mais au sens où leur existence intéresse peu de monde, ce noyau militant de racisés étant assez réduit et l’université étant politiquement très diverse. C’est au contraire la faiblesse relative de ces groupes qui devrait être interrogée », analyse Laurent Jeanpierre, professeur et directeur du LabTop (Laboratoire Théories du politique).

Pour lui, il s’agit « d’abord d’une université populaire ». Vincennes était un lieu de fraternisation du monde étudiant et du monde du travail, Paris-VIII le demeure. Ce ne sont plus des ouvriers qui découvrent Deleuze en cours du soir, mais des étudiants-salariés précaires venus chercher un diplôme. Si le taux de réussite en licence est faible (51,7 %), Jeanpierre en propose une lecture encourageante : « Ils l’obtiennent mais en quatre ou cinq ans. On peut l’expliquer : le taux d’étudiants salariés est important, jusqu’à plus de la moitié des étudiants pour certaines filières. »

Ceux qui s’y sont inscrits par défaut – notamment en licence – le reconnaissent : c’est une fac où on peut réussir précisément parce que les profs sont plus indulgents et à l’écoute qu’ailleurs. « Ils sont faciles d’accès et s’intéressent vraiment à nous », souligne Salah, étudiant en sciences politiques et salarié à mi-temps, qui aurait préféré s’inscrire à Paris mais qui y trouve son compte.

Un ancien centre expérimental

On traverse la bibliothèque immense, baignée de lumière, l’une des plus grande « BU » de la région parisienne. Soulié cite cette phrase de Simon Leys, l’auteur des Habits neufs du président Mao, pour défendre l’approche critique du savoir, chère à Paris-VIII : « L’université, ce n’est pas une fabrique de saucisses, c’est le lieu où une chance est donnée à des hommes de devenir qui ils sont vraiment. »

« Le cœur de Paris-VIII, c’est la pensée critique. On doit pouvoir penser d’autres modèles que ceux qui existent. » Fabienne Brugère, professeur de philosophie

Si on sait que Vincennes a été bâtie après Mai-68 pour éloigner les gauchistes du centre de Paris, on se souvient moins que, comme Dauphine, elle est née de la volonté d’Edgar Faure, alors ministre de l’éducation nationale, de créer des centres universitaires expérimentaux.

« Vincennes, c’était surtout la réinvention de l’université, explique Guy Berger, professeur émérite en sciences de l’éducation à Paris-VIII, dont il est aussi la mémoire. A l’époque, l’université française formait des professeurs de lycée. Avec Vincennes, elle devient un lieu de création des savoirs et non de redistribution des savoirs. Un lieu de débats où l’enseignement et la recherche vont de pair. »

Mais cinquante ans plus tard, enseignants et étudiants évoquent surtout la vétusté de certaines salles, les radiateurs paresseux, le vandalisme et les vols de matériel informatique. Le lot de beaucoup d’universités françaises, nuancent-ils, soulignant que Paris-VIII demeure un lieu d’enseignement innovant : un pôle d’excellence pour les disciplines artistiques (danse, arts plastiques, théâtre et cinéma), un master en création littéraire prometteur – David Lopez, sensation de la dernière rentrée littéraire, en est sorti il y a peu –, etc.

« Ce n’est pas une université comme les autres », s’enthousiasme Fabienne Brugère, qui a rejoint le mythique département de philosophie en 2014. Créé en 1968 par Michel Foucault, il reste atypique. « Les étudiants choisissent leurs cours à partir de grilles très souples. Ils construisent eux-mêmes leurs parcours, décrit la philosophe. Les cours portent sur des sujets qui ne sont pas traditionnellement philosophiques. Le cœur de Paris-VIII, c’est la pensée critique. On doit pouvoir penser d’autres modèles que ceux qui existent. »

Des études sur des thèmes comme « race », genre et classe

On retrouve Eric Fassin sur la petite terrasse ombragée de la Mosquée de Paris. Il est souriant et amène. Un peu étonné tout de même. Il juge paradoxal l’intérêt hostile que suscite Paris-VIII, une université pourtant jugée périphérique par ceux-là même qui la décrient. « Parler de territoire perdu de la République, c’est dégueulasse pour nos étudiants. Et irresponsable. »

Après vingt ans passés dans des institutions centrales prestigieuses, à l’Ecole normale supérieure (ENS) et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Fassin y est professeur depuis 2012. Il en est devenu l’une des figures les plus connues et les plus réputées. On se presse dans ses cours, par effet de curiosité mais aussi par intérêt pour les objets ultracontemporains qu’il traite – « race », genre et classe. « Ce n’est pas Paris-VIII qui impose la question postcoloniale en France. C’est une réalité sociologique qui s’impose comme un enjeu militant pour beaucoup d’étudiants. »

« Sociologue engagé », il prend part au débat public, quand il ne le suscite pas, comme en 2014 lors de la parution de son ouvrage sur la « question rom » dans lequel il décrivait les mécaniques de « racisme institutionnel » à l’œuvre en France.

« Si j’évoque la question rom dans un cours de licence, je suis forcément amené à décrire l’action de l’Etat. Ce qui me conduit à expliquer que celui-ci joue un rôle non seulement dans la lutte contre les discriminations, mais aussi dans la production des discriminations. Ça me paraît incontestable. Ce n’est pas une simple opinion, c’est un fait. » Des bâtiments occupés par des migrants

Au mois de novembre 2017, un stage de deux jours en « non-mixité » était proposé aux enseignants par le syndicat Sud-Education 93. Au programme : « déconstruction des discriminations raciales » et « analyse du racisme d’Etat dans la société et en particulier dans l’éducation nationale ». « Racisme d’Etat » : c’en est trop pour Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale, qui porte plainte pour « diffamation ».

Parmi les animateurs du stage, Nacira Guénif-Souilamas. Cette professeure en sciences de l’éducation à Paris-VIII, proche du mouvement controversé des Indigènes de la République, travaille sur des sujets aussi peu consensuels que les constructions identitaires, les rapports sociaux inégalitaires, le féminisme ou la postcolonialité. On la retrouve en AG, dans un amphi bondé, sans fenêtres. La sociologue prend la parole pour évoquer la situation des exilés du bâtiment A. Elle fait partie des nombreux enseignants qui ont publiquement apporté leur soutien à l’occupation.

La sociologue concède que Paris-VIII n’est pas une fac comme les autres. « Il n’est pas étonnant que nos étudiants se soient emparés de cette question (race, genre, classe). Ils sont outillés – on est quelques-uns ici à réfléchir à l’altérité, à la minoration, à la racisation. Ces questions entrent en résonance avec les préoccupations, voire les expériences des étudiants. » Nacira Guénif-Souilamas assume sa radicalité et ne considère pas qu’une enseignante des universités ait le devoir de policer son discours ou sa pensée.

« L’expression de certaines positions radicales donnent une vision faussée » de Paris-VIII, regrette Marie-Anne Matard-Bonucci, professeure d’histoire contemporaine. Attachée aux idéaux d’universalité rêvés à Vincennes, elle déplore ces formes nouvelles de luttes communautaristes, compartimentées.

« On pourrait avoir l’impression que certaines thèses des Indigènes de la République ont trouvé un terrain favorable ici, poursuit-elle. Mais il faut savoir que Paris-VIII est aussi le lieu d’invention de nouvelles formes intellectuelles de lutte contre toutes les formes de xénophobie. » Au lendemain des attentats de janvier 2015, un programme de recherche et de formation contre le racisme et l’antisémitisme a été créé par des enseignants-chercheurs. Les Américains ne jurent que par la “french theory”, dont les artisans sont ceux qui ont participé à l’effervescence de Paris-VIII.

Ces vapeurs de soufre et de sédition, Paris-VIII les a toujours traînées dans son sillage. En mai 1970, c’est à Vincennes qu’est organisée la première réunion non mixte de France : strictement réservée aux femmes, elle suscite un tollé à l’université.

Anne-Emmanuelle Berger, directrice du Laboratoire d’études de genre et de sexualité (LEGS), se souvient de ses enseignants de khâgne à Louis-le-Grand qui parlaient de « cette crypto-lesbienne d’Hélène Cixous » (sa mère) et de ce « salaud de Roland Barthes », pour lesquels Vincennes n’était au fond qu’un ramassis de gauchistes échevelés, de marginaux en délicatesse avec les autorités et le bon sens.

Vus des établissements chics du Quartier latin, ces gens-là, au fond, n’étaient pas bien sérieux. Mais ce sont eux qu’Anne-Emmanuelle Berger choisit. Elle étudie à Vincennes entre 1974 et 1979 avant de partir en 1984 enseigner à l’université de Cornell dans l’État de New York. Sur place, elle découvre que des Américains ne jurent que par la french theory, dont les artisans sont ceux qui ont participé à l’effervescence de Paris-VIII. Une fascination en déclin. Ce sont désormais des États-Unis que viennent les gender and race studies qui font la renommée actuelle de l’université. Et sa réputation.

Zineb Dryef.


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