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Réunion pleinière du CAC.
Participer pleinement au mouvement social.
Didier Minot.
lundi 25 février 2019
publié par Christian Maurel

Réunion plénière du Collectif des Actions Citoyennes (CAC) du 23 février 2019 :

Participer pleinement au mouvement social.

Cette intervention a servi d’introduction au travail de la réunion plénière du CAC du 23 février. Les conclusions sont celles qui ressortent du travail des ateliers.

Un réveil citoyen qui gagne aujourd’hui toute la société.

Le mouvement des gilets jaunes, surgi en novembre, représente une chance pour la France et un moment fort de notre histoire. Comme en 1789, 1848, 1871, 1936, la volonté populaire s’exprime directement et impose des transformations sociales majeures. Le gouvernement et les médias ont tout fait pour discréditer ce mouvement, le présentant tour à tour comme violent, en perte de vitesse, divisé, populiste, anarchiste, et aujourd’hui antisémite, alors que la grande majorité des participants sont pacifiques, déterminé manifestant souvent pour la première fois parce que « cela ne peut plus durer ».

Le pouvoir a recouru à l’usage systématique de la violence policière dans l’espoir de faire peur aux français, de diviser les manifestants en intimidant les plus pacifiques, de provoquer des contre-violences largement médiatisées. Cela n’a pas réussi à faire reculer un soutien populaire fort malgré les multiples tentatives de division, de dénigrement et d’intimidation par la violence. 58 % des Français continuent de soutenir le mouvement. Certes, des groupes qui prêchent des paroles de haine sont également présents dans les cortèges, mais ils ne sont qu’une composante marginale par rapport à la grande majorité, qui demande avant tout de la justice sociale, de la démocratie et de la dignité.

Ce réveil citoyen gagne aujourd’hui toute la société. C’est celui des marches pour le climat, qui ont rassemblé dans le monde entier de très nombreux manifestants pour dire qu’il faut changer le système, pas uniquement le climat (plus de 150 000 personnes en France et en Belgique). Aujourd’hui les lycéens et les étudiants prennent le relais en se mettant en grève chaque vendredi. La mobilisation gagne aussi ceux et celles qui se battent pour le maintien des services publics, de maternités de proximité comme au Blanc, ou de bureaux de poste comme à Chambéry. De nombreux responsables associatifs participent à ces mouvements et à leur organisation sur le terrain. Ce sont aussi les stylos rouges, contre le blocage des salaires, les retraités, qui refusent leur paupérisation, et bientôt la fonction publique avec CAP 2022. Chaque jour apporte son lot de nouvelles mobilisations.

Sur le terrain, nous sommes tous des gilets jaunes.

Les associations citoyennes ont beaucoup à apprendre du mouvement social en cours, qui est porteur d’un renouvellement de la démocratie. Celui-ci considère que chaque citoyen est porteur de savoirs et d’une capacité d’agir. Cela remet en cause des organisations associatives ont délégué cette capacité d’agir à des salariés ou à des responsables associatifs inamovibles. Mais les associations citoyennes peuvent apporter au mouvement social une expérience dans la durée, des analyses et des propositions, des exemples d’actions partagées. Le discrédit des partis et des syndicats ne touche pas les associations, qui sont bien accueillies. De plus, le refus de toutes les représentations de des liens avec d’autres est en train d’évoluer.

Aujourd’hui, sur le terrain, les groupes locaux de gilets jaunes s’organisent et cherchent à rassembler. Nous avons été sollicités par le rond-point de Monistrol (Haute-Loire) qui souhaitait prendre contact avec « le Collectif des associations citoyennes de Haute-Loire ». Ils sont déjà en relation avec la CGT Haute-Loire, le mouvement ATTAC du département et pensent à solliciter le CAC. Olivier est à la fois membre de la coordination du CAC, membre de la plate-forme de Palaiseau et de la coordination Essonne des gilets jaunes.

Des prises de conscience convergentes.

La plupart des participants au mouvement des gilets jaunes, qui n’étaient pas des militants professionnels, ont beaucoup appris en 3 mois, passant d’un refus des taxes sur le carburant à des revendications de revenus et de justice sociale, puis de démocratie et de changement de système économique, social et institutionnel. Les ronds-points sont de formidables écoles d’éducation populaire. Certains manifestants écologistes qui au départ demandaient la replantation des haies ou la généralisation des fermes urbaines, prennent conscience aujourd’hui que tout est lié. Des slogans comme « moins de riches, plus de ruches », « Sauve le climat, taxe un banquier » montrent que là aussi, comme du côté des gilets jaunes, la jonction est en train de se faire entre les revendications de justice sociale, de transition écologique, de démocratie et de participation des citoyens, d’égalité et de prise en compte de tous quelques soit sa nationalité.

Cela se bien exprimé à Commercy où une centaine de groupes locaux de gilets jaunes se sont réunis les 26 et 27 janvier. L’assemblée de Commercy a défini un programme large et cohérent :

- l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.

- la vraie démocratie, qui est pratiquée dans les assemblées et sur les ronds-points, et que nous pratiquons aussi dans nos associations lorsqu’elles sont réellement participatives. Elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron.

- justice sociale et fiscale, conditions de travail, justice écologique et climatique, fin des discriminations.

Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, figuraient : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outre-mers…).

Selon les sensibilités et les domaines d’action, les revendications avancées sont diverses. Mais toutes convergent sur la remise en cause d’un pillage systématique qui transfère la quasi-totalité de la richesse produite par des milliards d’hommes et de femmes vers le marché financier, qui saccage les biens communs et qui détruit la société en transformant tout en marchandise, qu’il s’agisse de l’action sociale, de la culture, de la santé ou de la vie associative, et qui détruit de façon irréversible la biodiversité, le climat et l’avenir de l’humanité. Le réveil citoyen s’accompagne d’une prise de conscience rapide et convergente.

Le CAC doit s’engager plus activement.

Il serait impensable dans ce contexte que les associations citoyennes restent en arrière et se limitent à des déclarations, ou à la nouvelle concertation bidon que propose le secrétaire d’État à la jeunesse. C’est pourquoi, comme l’ont fait d’autres mouvements, le CAC doit appeler toutes les associations à participer très activement aux débats et aux actions, et faire un travail d’animation du réseau pour multiplier les initiatives et les faire circuler.

Le Collectif des associations citoyennes rassemble des militants, des associations de terrain et des réseaux nationaux porteurs des différentes sensibilités. Depuis presque 10 ans, nous avons développé des réflexions transversales qui peuvent être utiles à l’ensemble du mouvement social. Il en est de même de mouvements comme ATTAC, comme le CRID, les Amis de la Terre, les Jours Heureux, Réseau Action Climat, également transversaux. Les sensibilités sont pas exactement les mêmes. Certains sont anticapitalistes, d’autres veulent réformer le système en profondeur. Certains sont d’abord sensibles à la question climatique, d’autres à la justice sociale ou à l’exploitation du travail. Dans les circonstances actuelles, nous devons tous nous unir et travailler ensemble, comme le fit naguère le Conseil National de la Résistance. D’ailleurs certains gilets jaunes se sont constitués en un « CNR Gilets jaunes » dans le même esprit. Élaborer un ensemble de revendications communes.

Depuis le début du mois de janvier, un inter-réseau « Changer de cap » s’est constitué avec les organisations pré-citées pour organiser la convergence des revendications et leurs propres analyses ou propositions. Nous avons construit un document de synthèse qui constitue l’amorce d’un véritable programme de transformation sociale, avec des argumentaires et des précisions qui permettent de consolider la plupart des revendications du programme de Commercy.

Ce programme n’aborde pas tout. Il manque des questions non évoquées à Commercy, comme la question culturelle ou la solidarité internationale. La question européenne et le renforcement des institutions internationales sont simplement esquissées. Cela signifie que ce programme est un instrument de travail, un outil de discussion et de débat commun à tous les mouvements qui doit servir d’abord à mieux étayer les revendications et à faire des liens avec le travail déjà réalisé par les mouvements citoyens. L’essentiel est dans la nécessité absolue d’une transition écologique, économique et sociale, pour restaurer l’égalité, remettre en cause les traités de libre-échange et les traités européens qui sanctuarisent la « concurrence libre et non faussée », en fait le pouvoir absolu des détenteurs de capitaux et des spéculateurs, la construction de nouvelles institutions qui donnent dans la durée la parole à chacun au lieu de s’en remettre à des professionnels de la démocratie.

Porter ces revendications partout et dans la durée.

Le gouvernement a lancé un Grand débat. Tout a été dit sur le caractère biaisé de l’exercice. La commission nationale du débat public a été écartée au profit de 2 ministres et de 5 personnalités faire-valoir. Emmanuel Macron tente par une opération de communication de désarmer la mobilisation et de gagner du temps. Les multiples séances organisées avec des publics choisis lui servent d’abord à justifier sa politique et ses projets mais tout le monde attend les décisions concrètes qui en sortiront. La synthèse du dépouillement va être confiée à un algorithme élaboré par une start-up, Cap Collectif, dont l’objet habituel est de développer des opérations de participation dans les entreprises qui permettent de faire émerger un consensus. Or, la démocratie, c’est d’abord l’expression des divergences, des désaccords et le débat entre égaux pour les dépasser. La démarche est d’autant plus douteuse que parallèlement, le gouvernement continue son œuvre de destruction des solidarités et de l’action publique, notamment à travers Cap 2022, la réforme des retraites et la réforme de l’assurance-chômage. Cela ne doit pas étonner. Emmanuel Macron a été propulsé à la Présidence de la République par le patronat et les milieux économiques. Pour le moment, ceux-ci continuent de le soutenir « faute d’autre choix » 1, mais sous surveillance à condition qu’il poursuive les réformes qu’ils attendent et qu’à l’issue du grand débat il ne lâche pas trop aux forces sociales.

Nous devons savoir que la lutte sera longue. Elle n’a pas pour horizon le 15 mars ni même les européennes, mais un véritable changement de système, seul à même d’éviter le naufrage, l’égalité et la fin du mépris. Les élections européennes constituent cependant un danger majeur : compte tenu de l’atomisation des forces de gauche, les sondages prédisent un renforcement de l’extrême droite et le retour du dilemme Macron ou Le Pen, alors même que les mouvements sociaux désirent tout autre chose. Les associations n’ont pas vocation à s’engager directement dans le champ partisan, mais elles doivent rappeler à leurs responsabilités les forces de gauche aujourd’hui préoccupées d’abord de la préservation de leur identité. Les associations citoyennes.

Dans ce contexte, qui peut devenir pré-révolutionnaire, les associations citoyennes ont un rôle historique à jouer, avec d’autres, avec les syndicats, et tous les citoyens qui s’organisent de façon informelle. Nous devons faire évoluer notre conception de ce qu’est une association. Celle-ci n’est pas une structure juridique définie par un statut et une déclaration en préfecture, mais l’action commune de citoyens libres qui agissent par eux-mêmes. Les associations citoyennes sont celles qui regroupent les citoyens pour agir ensemble. Nous devons cesser d’accompagner la défense catégorielle des associations, qui ne profite qu’aux 10 000 plus grosses en mettant en avant toutes les autres. La marginalisation, le mépris, l’asphyxie financière, la financiarisation, la négation de toute dimension humaine : c’est cela que n’acceptent plus les associations citoyennes, qui sont de plus en plus contraintes à des rôles de prestataires. C’est ce refus que nous devons porter au sein du mouvement social, pour le rendre visible.

Pour cela il paraît nécessaire que le CAC :

- incite chacun à participer massivement, avec le plus de publicité possible, aux manifestations des prochaines semaines et aux rencontres, débats, etc. avec les autres mouvements, proposer des initiatives communes (comme le fait par exemple le Planning Familial en proposant aux femmes gilets jaunes de participer à la journée du 8 mars), appelé a de plus en plus d’initiatives dans les 2 sens.

- participe à l’organisation des prochaines marches pour le climat aux côtés des Amis de la Terre, du Réseau Action Climat, d’Alternatiba, etc. et soit partie prenante des luttes pour la défense des services publics, des revenus et un logement dignes pour tous, etc., des grèves si pour le climat des lycéens et des étudiants.

- mettre dans le débat public la dégradation de la situation des associations et le rôle qu’elles jouent dans la société, en reformulant les revendications associatives exprimées en 2018.

- lancer une journée de mobilisation autour de ces revendications, éventuellement reproductible, si possible en lien avec d’autres mobilisations , et appuyer cette mobilisation par un travail de sensibilisation (webinaires, publications,etc.).

Didier Minot.


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