Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesDémocratie
Dans Le Monde du 12-4-2018.
Portrait d’une génération anti-moderne.
par Pascale Tournier.
jeudi 12 avril 2018
publié par Christian Maurel

Portrait d’une génération anti-moderne.

Dans «  Le vieux monde est de retour. Enquête sur les nouveaux conservateurs », la journaliste Pascale Tournier décrit la sphère des jeunes néoconservateurs.

Livre.

Une révolution est en cours, mais elle n’est pas de velours. En France, des jeunes néoconservateurs veulent changer le monde. Et le repenser à nouveaux frais. Ces « anarchrists » et « catholiques identitaires » méthodiquement décrits par Pascale Tournier, rédactrice en chef adjointe au service actualité de La Vie, ne rêvent pas de Mai 68 mais de nouvelles limites.

Leurs ennemis ? Le progressisme, le multiculturalisme et le libéralisme. Leurs racines ? Chrétiennes, assurément. Leurs combats ? La lutte contre le mariage homosexuel, la PMA et la GPA, l’islamisation de la France ou la défense des chrétiens d’Orient. Leur doctrine ? « L’enracinement », concept puisé non sans abus chez la philosophe Simone Weil, réduit à l’idée que nous sommes des héritiers avant d’être des pionniers, qu’il y a des legs du passé (les racines, la culture, les territoires), et que tout n’est pas construit ou à inventer. Sans oublier, bien sûr, les notions plus habituelles de « souveraineté » et d’« identité ». Leur éthique ? Une décroissance qu’ils pratiquent en « révoltés BCBG ».

Un courant organisé et structuré

Orphelins de François Fillon et échaudés par les revirements de l’association Sens commun, ils se cherchent de nouveaux présidentiables, entre Laurent Wauquiez et Marion Maréchal-Le Pen. Surtout cantonné à la sphère des idées, le combat de certains d’entre eux, ouvertement identitaires, « peut flirter rapidement avec les thèses racistes du FN », explique l’auteure.

Moins catastrophiste, mélancolique, désespérée, outrancière ou déplorative que la précédente génération, la nouvelle « estime qu’elle peut gagner », assure Pascale Tournier. Contre la « déconstruction anthropologique » qui serait en cours avec les révolutions dans la filiation, des mères porteuses à l’homoparentalité, ces nouveaux « tories » conquièrent l’espace public. « Ils disposent d’une doctrine, de courants, de théoriciens discrets et de polémistes médiatiques ainsi que de centres de formation. »

Certains, déjà bien repérés, sont des têtes de pont médiatiques, tels la journaliste du Figaro Eugénie Bastié ou l’essayiste François-Xavier Bellamy, également maire adjoint de Versailles. D’autres, comme la philosophe Bérénice Levet ou l’essayiste québécois Mathieu Bock-Côté, sont en train d’émerger.

La diversité de la galaxie va de la « ligne sociale-conservatrice » (Paul Piccarreta, directeur de la revue d’écologie intégrale Limite) aux « anciens de l’Action française » (comme Jacques de Guillebon, directeur de la rédaction du magazine LIncorrect), en passant par ceux qui se définissent « contre-révolutionnaires » (Guillaume de Thieulloy, directeur du site Le Salon beige), sans oublier les « conservateurs so british » qui, telle Lætitia Strauch-Bonart, considèrent qu’une partie de cette mouvance avec qui elle prend ses distances, est composée d’authentiques « réactionnaires ».

Outre sa typologie, la vertu du livre consiste à montrer que ces « nouveaux conservateurs » sont organisés et structurés, qu’ils disposent d’une doctrine, de courants, de théoriciens discrets et de polémistes médiatiques ainsi que de centres de formation, comme cet Institut de formation politique (IFP), situé dans le 16e arrondissement de Paris, « devenu le point de passage incontournable pour toute une génération d’activistes de droite ».

Un nouveau « vieux monde » est donc « de retour », s’inquiète l’auteure, un archipel de conservateurs auquel Emmanuel Macron, maniant habilement la symbolique monarchiste et le vocable d’un certain catholicisme, a compris qu’il fallait s’adresser.

par Nicolas Truong.

«  Le Vieux monde est de retour. Enquête sur les nouveaux conservateurs », de Pascale Tournier, Stock, 280 pages, 19 euros.


Répondre à cet article