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Pour des Etats Généraux de la transformation écologique, sociale et politique.
Madeleine Abassade, Marc Lacreuse et Christian Maurel.
mardi 25 décembre 2018
publié par Christian Maurel

Pour nous, l’idée de mise en place d’États Généraux n’est pas nouvelle. Nous en faisions la proposition il y a déjà plusieurs années au motif que le monde ne pouvait continuer encore longtemps en l’état et que ce que nous appelons "la démocratie représentative délégataire" était incapable, y compris si elle en avait la volonté, de répondre aux besoins et aux aspirations les plus élémentaires de populations confrontées à un néolibéralisme qui ne pense et n’agit qu’en termes de libre concurrence et ne sert que les intérêts d’une minorité.

A ce jour, au moment où les gilets jaunes mettent l’État et le président de la république devant leurs responsabilités, nous réitérons cette proposition d’États Généraux assortie de quelques amendements qui se justifient.

- le projet de mise en place de référendums d’initiative citoyenne ou populaire tel qu’il est pensé nous parait à la fois insuffisant et dangereux. La Suisse qui le pratique régulièrement sous la forme de "votations" est en même temps un pays où se concentre et s’abrite la finance et reste donc un des maillons forts, à l’échelle mondiale, d’un néolibéralisme destructeur de la planète et générateur d’inégalités insupportables, ce qui indique que ce type de pratique démocratique référendaire ne s’attaque pas aux vrais problèmes mais, bien au contraire, les esquive.

Impuissance donc du référendum d’initiative citoyenne, mais aussi dangerosité. Imaginons aujourd’hui, en France, un référendum de ce type sur la peine de mort ou sur le sort des migrants... Le pire est à craindre. Ce n’est pas parce que on consulte le peuple que la démocratie y gagne. Et nous n’osons pas imaginer ce qu’aurait pu ’’donner’’ l’organisation de référendums d’initiatives populaires dans la République de Weimar, pendant la crise de 1929 et sur la question juive... Le peuple allemand aurait ’’démocratiquement’’ porté l’entière responsabilité de la plus grande barbarie de l’Histoire et le nazisme aurait pu agir en toute légalité et légitimité.

Et que dire de la consultation et du grand débat national que se propose d’organiser d’en haut le président Macron et son gouvernement en mobilisant les maires et des institutions républicaines à bout de souffle, alors que c’est l’ensemble du peuple qui, en s’appuyant sur les organisations de la société civile qu’il s’est données et sur les mouvements sociaux, à l’image des ’’gilets jaunes’’, devrait être à l’initiative, exprimer des doléances traduites en revendications et en propositions, mandater des personnes selon des modalités démocratiques à définir (élections, tirage au sort, choix discrétionnaires). pour aboutir à une constituante qui permettrait aux citoyens de s’emparer de tous les sujets, notamment celui de la production et du partage des richesses. "On ne peut avoir la République dans la société si l’on continue à avoir la monarchie dans l’entreprise’’ disait déjà Marc Sangnier à la fin du 19ème siècle.

Sinon, une fois de plus, le peuple va se voir confisquer la parole par une minorité et par des institutions qui sont responsables de ses maux. Le porteur de la maladie ne peut pas et ne doit pas être celui qui prétend la guérir. Le médicament risque d’être encore plus amer que les affres de l’épidémie qui, comme dans "les animaux malades de la peste", touche chacun d’entre nous, gagne l’ensemble de notre société et bien au delà. La mise en place d’une démocratie réelle passe nécessairement par des pratiques démocratiques réelles ( incluant le droit de révocation à tous les échelons ) permettant de la penser et de l’instituer.

Madeleine Abassade, Marc Lacreuse et Christian Maurel, co-rédacteurs du site.

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Pour des États généraux de la transformation écologique, sociale et politique.

Comme à d’autres moments de l’humanité, une question se pose aujourd’hui avec une brûlante et urgente nécessité : que faire pour que les hommes et les femmes qui sont déterminés par l’Histoire – selon les cas et les moments, bénéficiaires ou victimes – puissent individuellement et collectivement ’’faire l’Histoire’’ et construire leur devenir commun ? Parmi les multiples raisons de s’interroger, quatre s’imposent. Elles concernent à la fois notre pays et l’ensemble de la planète.

1) La crise économique, écologique, sociale et civilisationnelle est telle que le monde ne peut rester en l’état et qu’il est urgent que les Hommes reprennent leur destin en main.

2) Les inégalités s’amplifient. Deux chiffres : selon l’ONG OXFAM International, huit hommes détiennent autant de richesses que les 3,6 milliards de personnes qui représentent la moitié la plus pauvre de l’humanité. L’unité du corps social est menacée et les violences de toutes sortes prennent le pas sur le droit.

3) La démocratie représentative délégataire s’avère incapable de répondre aux besoins les plus élémentaires des populations ainsi qu’ à leurs aspirations les plus légitimes, comme le montre le mouvement actuel des ’’gilets jaunes’’. La défiance envers les représentants élus et les gouvernements nationaux est à son comble, tant les États, même les plus démocratiques, se font dicter la loi par les puissances économiques et financières.

4) Au moment où la mondialisation économique et communicationnelle atteint des sommets, l’imaginaire collectif construit autour d’une idéologie du progrès et d’une civilisation des droits de l’Homme est largement entamée par le sauve-qui-peut, le chacun pour soi et toutes les tentations au repliement et aux régressions identitaires qui font le lit de la violence et des formes de barbarie les plus diverses.

Confrontés à toutes ces questions, les Hommes, notamment ceux qui sont dans la dépendance et la précarité, sans oublier les migrants et les réfugiés condamnés à l’exil pour de multiples raisons (grande pauvreté, guerres, famines, désordres climatiques...) ont un urgent besoin de s’exprimer, de mettre des mots sur ce qu’ils vivent, de formuler des doléances, des revendications et des propositions, et ainsi de contribuer en toute connaissance de cause à la construction d’une nouvelle société. « Substituer enfin l’ambition d’éclairer les hommes à celle de les dominer », disait déjà Condorcet son Discours et projet d’Instruction publique de 1792.

Les partis politiques sont appelés à changer d’orientation et de stratégie. Au lieu de se préoccuper essentiellement de la prise du pouvoir, fut-ce par les voies les plus démocratiques, et de chercher à gagner des parts d’un marché électoral qui se réduit, ils seraient bien inspirés de contribuer à la puissance d’agir des citoyens afin de construire, dans une intelligence collective partagée, un monde à la fois plus libre, plus égalitaire, plus coopératif et plus solidaire et, ainsi, faire pièce à toutes les dérives populistes, identitaires, xénophobes, racistes, fondamentalistes pouvant conduire à l’arbitraire et au fascisme.

Cette intelligence collective doit faire ses premiers pas dans des États Généraux de la transformation écologique, sociale et politique qui auraient plusieurs dimensions très liées entre elles :

- une dimension écologique qui, en raison des bouleversements destructeurs de la vie sur terre et dont notre système économique de production, de commercialisation et de consommation est le grand responsable, est la grande priorité du moment et pour de nombreuses années à venir.

- une dimension sociale au service de ceux qui ont le plus d’intérêt au changement dans tous les domaines de la vie : le travail, la satisfaction des besoins fondamentaux, une place reconnue dans la vie en société, une dignité retrouvée alors que la raison néolibérale les confine à l’invisibilité et au mépris de leur Humanité.

- une dimension politique de reconnaissance des droits humains fondamentaux (les droits à la parole et au vote des étrangers doivent en faire partie) et d’une citoyenneté engageant chacun dans les débats, délibérations et prises de décisions sans lesquels la démocratie et un gouvernement partagé de ce qui doit nous être commun resteraient des mots vides de sens.

- une dimension d’éducation populaire critique, mutuelle, permanente et politique dans laquelle les savoirs et les capacités de chacun ne seraient plus instrumentalisées par les pouvoirs de la domination mais contribueraient à l’émancipation de tous et à l’augmentation d’une puissance individuelle, collective et démocratique d’agir permettant la construction d’un nouvel avenir.

Comment s’y prendre et par où commencer ? Nous proposons :

- de prendre appui sur les organisations de la société civile (syndicats, associations, coordinations, mouvements sociaux....) que les citoyens (habitants, travailleurs, usagers, consommateurs...) se sont données.

- de favoriser, à partir de ces forces vives de la population, la mise en place de collectifs d’organisation et d’animation de ces États Généraux agissant au plus prés des habitants en vue de pouvoir les impliquer et leur permettre de s’exprimer le mieux et le plus clairement possible qui soit.

- de partir de ce qui préoccupe, affecte et indigne les gens afin qu’ils puissent traduire, individuellement et collectivement, leurs expressions en savoirs, en doléances, en revendication et en propositions, quelles qu’en soient les formes : cahiers, pétitions, manifestes, propositions de lois et d’institutions nouvelles, projets communs, expressions culturelles et artistiques, messages et appels via internet et les réseaux sociaux... de mettre en place des procédures de désignation de délégués et de porteurs de paroles (désignés pour partie, par tirage au sort parmi les personnes volontaires) démocratiquement révocables et après compte-rendu de mandat.

A ce jour, personne ne peut préjuger de l’audience ni de la portée d’une telle démarche. Nous savons cependant que, souvent sans grand bruit et par petites touches, un monde nouveau est en train de naître. Notre avenir ne peut donc plus rester entre les mains des banques et des grandes firmes qui, pour l’essentiel, ne se préoccupent que de leurs parts de marché et du profit d’une minorité, ni relever d’organisations internationales et de gouvernants qui considèrent que nous sommes à la fin de l’Histoire et qu’aucune alternative n’est possible. En revanche, il y a beaucoup à attendre de ceux que les conditions de vie et les engagements portent vers une vision radicalement différente de la société et de l’humanité. Un des enjeux essentiels est que, face à une globalisation économique sans réelles entraves, se mette en place une citoyenneté universelle ouvrant sur des transformations à tous les niveaux : des différentes proximités à l’échelle planétaire.

En 1789, la rédaction de cahiers de doléances, la tenue d’États généraux de la nation et la mise en place d’une assemblée constituante ont jeté une lumière vive sur ce qui paraissait jusqu’alors impossible : l’abolition des privilèges et d’une monarchie de droit divin, les droits imprescriptibles et inaliénables de l’Homme, l’émancipation des peuples. Aujourd’hui, alors que des aspirations nouvelles et légitimes se font jour face à des féodalités sans foi ni loi qui se donnent toutes les apparences et les attraits de forteresses inexpugnables, le président de la République, Emmanuel Macron, s’honorerait de convoquer des États Généraux, de leur apporter les moyens nécessaires à leur réussite, et ainsi d’ouvrir la possibilité d’une nouvelle bifurcation de l’Histoire dont les citoyens et les personnes vivant sur notre sol seraient les auteurs et les acteurs.

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Madeleine Abassade , militante de l’éducation populaire, coanimatrice du site " Education populaire et Transformation sociale "

Marc Lacreuse, militant d’éducation populaire, ancien délégué général adjoint de la Fédération Française des MJC chargé du ’’dialogue républicain’’, cofondateur et coanimateur du site ’’Éducation populaire et transformation sociale’’.

Christian Maurel , sociologue, ancien délégué régional de la Fédération Française des MJC et professeur associé à l’Université de Provence, cofondateur et coanimateur du site ’’Éducation populaire et transformation sociale’’, auteur, notamment, d’ Éducation populaire et puissance d’agir. Les processus culturels de l’émancipation, L’Harmattan, 2010.


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