Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesPartis politiques
OUVRAGE A PARAÎTRE LE 10 SEPTEMBRE 2018 aux éditions DU CROQUANT
" QUE FAIRE DES PARTIS ? " coordonné par Daniel Gaxie & Willy Pelletier
interview ( extrait ) dans l’Humanité du 24.08.18
vendredi 24 août 2018
publié par Marc Lacreuse

La sortie prochaine du livre de Willy Pelletier et Daniel Gaxie revêt une importance toute particulière, à un moment où les formes de démocratie uniquement délégataire, qui imprègne fortement la vie des institutions , des syndicats et des partis, présentent des signes de faiblesse de plus en plus avérés . De nombreux chantiers portés par l’éducation populaire politique témoignent de réflexions , d’expérimentations et d’actions visant à contribuer à la fondation d’alternatives démocratiques susceptibles de régénérer la vie politique de notre société . Ce site s’y essaie également , à sa manière ... Beaucoup de points soulevés par Willy Pelletier méritent une mise en débat élargie et contradictoire . " Les mouvements restent à démocratiser " nous dit-il en fin d’interview ... C’est vrai . Et les partis aussi, d’urgence, si l’on veut qu’un jour les institutions républicaines connaissent la même remise en cause en vue de leur démocratisation réelle ... C’est une question vitale .

Marc Lacreuse. Coanimateur du site .


"QUE FAIRE DES PARTIS ?"

livre de Daniel Gaxie et Willy Pelletier

Editions du Croquant

( à paraître en septembre 2018 )

-----------------------------

INTERVIEW

( extrait / Huma du 24.08.18 )

--------

Vous avez, avec Daniel Gaxie, coordonné l’ouvrage " Que faire des partis politiques ? " , l’aboutissement d’un travail mené par la Fondation Copernic après le séisme politique de 2017 . Ce livre tranche avec le chant funèbre sur la mort des partis et appelle plutôt à les transformer. Quel était l’objectif de votre démarche ?

- W.Pelletier : Depuis trop longtemps, nous perdons face au

libéralisme. La civilisation sociale conquise par les luttes d’hier est détruite.

Dans ce cadre, nous avons besoin des partis. Mais ils manquent à leur

efficacité . Surtout ceux de gauche . Notre objectif était de comprendre

pourquoi les partis sont devenus de moins en moins représentatifs . Cela

n’était possible qu’en croisant les regards de sociologues , d’historiens et de

militants, ou d’ex, issus de partis très divers . Le livre est bâti sur ce

dispositif . Et sur un savoir engagé, qui ouvre des pistes pour rendre les

partis davantage en prise avec les milieux populaires .

Alors, quels sont les mécanismes qui ont généré une telle crise des partis politiques, qui structuraient jusqu’à présent la vie politique française ?

- W.Pelletier  : Les partis ne sont pas en voie de disparition. Ils sont en

voie de d’autonomisation renforcée, ce qui est totalement différent . Ils

s’autonomisent, de plus en plus, vis à vis des secteurs sociaux auxquels ils

étaient auparavant attachés . Cette autonomisation est autorisée par la

surabondance des financements publics, qui leur permettent de fonctionner

avec de moins en moins d’adhérents, mais de fonctioner comme structure

solide, vecteur de carrières politiques .

Max Weber définissait les partis politiques comme une entreprises des

intéressés. Aujourd’hui le cercle des intéressés est de plus en plus réduit,

mais aussi de plus en plus endogame . Aux étages supérieurs des partis,

les " grands élus " n’ont jamais exercé d’autre métier que l’activité

politiques . Leurs collaborateurs ne sont plus d’abord des militants

formés, promus par les partis . Ils sont formés par l’école, l’université,

avec la reproduction des inégalités que cela induit et la sélection sociale

que cela produit. La grande majorité des élus ne sont pas issus des milieux

populaires et ne connaissent, dans leur entourage, que très rarement des

ouvriers, des employés, des locataires en galère ... Les professions

intermédiaires, ouvriers et employés, constituent 75 °/° de la population,

mais un seul député sur vingt provient de ces catégories .

L’autonomisation joue aussi en interne, au sein des partis : les

professionnels de la politique s’autonomisent et réduisent les militants

à n’être que ressources humaines pour les soutenir. Ils font tourner les

partis pour leurs bénéfices propres ( se faire élire et réélire sans cesse )

et l’activité s’y technicise, ajustée à leurs besoins . Ne peuvent ainsi y

jouer un rôle que les mieux dotés en capitaux culturels . Et, parallèlement,

tous les à-côtés , la convivialité, les fêtes, où s’exprimaient des

sociabilités populaires, sont disqualifiés . Alors les milieux populaires s’y

retrouvent ( en tous les sens du terme ) de moins en moins .

Les partis font en même temps appel, de façon croissante, à des

entreprises de services politiques, qui prospèrent en assurant des

tâches hier confiées au x militants : dans la communication, le marketing

politique ; l’évènementiel, le collage, la sécurité Les sondeurs payés se

substituent aux ancrages militants de terrain . Une telle externisation

dépossède les militants de l’activité militante .

La conjugaison de ces processus, et bien d’autres que nous décrivons,

par lesquels les partis s’autonomisent et par lesquels les " noblesse de

partis " s’autonomisent, accélèrent l’exit et le désinvestissement des

membres des milieux populaires .

(...)

On constate en Europe l’émergence de formes alternatives d’organisations politiques . Les " mouvements " sont-ils à remplacer les partis et quelles en seraient les conséquences ?

- W.Pelletier : Les mouvements revendiquent la souplesse,

l’organisation en réseau, la dématérialisation, la numérisation ... autant

de techniques de management néo-libéral qui depuis longtemps

renforcent la hiérarchisation au travail .

Dans les mouvements, à ce jour, les formes démocratiques des anciens

partis ne sont guère respectées : pas d’adhésion donnant droit à tendance,

pas de débat concurrentiel pour définir une ligne, pas de sélection des

dirigeants à la suite de la délibération des militants sur la ligne ...

Ces mouvements, pour reprendre la formule de Robert Michels, sont

" voués et dévoués à l’amour du chef " . Les militants n’y ont aucun

contrôle sur les dirigeants . Le tirage au sort des militants dénués

d’expérience, pour la fabrication des programmes ou des listes, laisse

aux maîtres d’oeuvre le loisir de les composer à leur main .

Les militants deviennent de simples figurants du jeu sérieux qui se décide

au sommet .

Les mouvements restent à démocratiser . "

Entretien réalisé par Maud Vergnol

---------------

- A signaler : Willy Pelletier participe à un débat avec Frédéric Sawicki sur le thème " Les partis politiques ont-ils un avenir ? " . Agora de l’Humanité . Samedi 15 septembre 2018 . 11 h 40 .

-------


Répondre à cet article
Articles de cette rubrique