Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesConstruction des savoirs
AUTOUR DU LIVRE DE LUCAS CHANCEL
" RAPPORT SUR LES INEGALITES MONDIALES 2018 " éditions Seuil
entretien avec l’auteur , enseignant en économie . une publication de ENSEMBLE ( mensuel de la CGT )
mercredi 12 septembre 2018
publié par Marc Lacreuse

ENTRETIEN PUBLIE DANS "ENSEMBLE"

(REVUE DE LA CGT )

------------------------

LES INEGALITES DANS LE COLLIMATEUR

LUCAS CHANCEL . Pour cet auteur et enseignant en économie , pas de doute :

la logique des gouvernants qui privatisent à tout-va depuis quarante ans, en

privilégiant les plus riches sur le plan fiscal, va à l’encontre de l’intérêt

général .

************************

Comment ont évolué les inégalités sociales dans le monde au cours du

XXe siècle ? Lucas Chancel : Jusqu’à la fin des années 1970, les inégalités de revenus et de patrimoines sont comprimées, du fait de politiques redistributives et d’une fiscalité progressive sur le capital et le travail . Aux Etats-Unis par exemple, jusque dans les années 1980, les taux d’imposition sur les très hauts revenus était d’environ 80°/° ( contre 37°/° aujourd’hui, ndlr ). En France, à la fin des années 1950, l’encadrement des loyers et du capital en général, la nationalisation des entreprises qui limite la concentration des richesses entre les mains d’une minorité, mais aussi des investissements dans la protection sociale ou l’éducation contribuent à réduire les inégalités. Depuis 1980, les inégalités ont augmenté dans presque tous les pays du fait des privatisations, d’investissements moindre dans l’éducation, de l’explosion des rémunérations des dirigeants ... En France, les mesures d’austérité adoptées en 1983, dont la fin de l’indexation des salaires sur l’inflation, marquent le début d’une montée des inégalités .

De quelle manière une fiscalité progressive contribue à une répartition

plus équitable des richesses ?

Lucas Chancel : L’avantage d’une fiscalité progressive est de limiter les revenus au sommet. D’abord en freinant l’accumulation des revenus liés au capital. Ensuite, elle limite l’intérêt des plus riches à négocier des rémunérations plus élevées . Une fiscalité plus progressive permettrait aussi de récolter de l’argent pour financer les services publics qui contribuent à réduire les inégalités en bas de l’échelle , à travers des investissements dans la santé, l’éducation, les transports, la transition écologique. Elle contribue aussi à cimenter le lien social. En 2012, Emmanuel Macron, alors conseiller économique du président François Hollande, moquait la mise en oeuvre d’une taxe de 75°/° sur les très hauts revenus,disant : " C’est Cuba sans le soleil ". Un renoncement qui témoigne de choix idéologiques dictés par la " théorie du ruissellement " .

Théorie largement battue en brèche dans votre rapport ...

Lucas Chancel : Il n’y a pas en effet de connexion entre les niveaux de croissance des revenus au sommet et au bas de l’échelle, c’est même l’inverse. Il n’est pas nécessaire que les plus riches s’enrichissent davantage pour réduire la pauvreté . Au niveau mondial, les 1°/° les plus riches ont capté deux fois plus de croissance depuis les années 1980 que la moitié de la population . Aux Etats-Unis, le revenu de ces 1°/° est passé de 1 million à 2 millions de dollars en moyenne par an, celui de la moitié des plus pauvres stagne à 16 000 dollars par an .

.../...

Quelles sont les incidences de la diminution du patrimoine public sur le

creusement des inégalités ?

Lucas Chancel : A la fin des années 1970, dans les pays développés, environ 30 °/° du patrimoine était public. Aujourd’hui, le patrimoine public net est devenu négatif aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, par exemple . En clair, même si ces Etats décidaient de vendre tout ce qui leur reste, ils ne pourraient toujours pas rembourser leurs dettes. La capacité des Etats à réguler l’économie, à redistribuer les reven us et à lutter contre les inégalités s’en trouve amoindrie. En France, le gouvernement s’apprête à lancer une nouvelle vague de privatisations d’actifs rentables ( ADP, Engie, Française des jeux ). Or ces privatisations se font très rarement au bénéfice de la majorité. Elles accroissent au contraire le patrimoine d’une minorité et contribuent à creuser les inégalités. La puissance publique se désengage alors qu’elle est la plus à même de modérer les inégalités, de fixer une stratégie sur le long terme .

.../...

( propos recueillis par Sarah DELATTRE )


Répondre à cet article