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RECHERCHE-ACTION COLLECTIVE ET EDUCATION POPULAIRE.
Luc Sanguinède.
lundi 25 février 2013
publié par Christian Maurel

Recherche-action collective et éducation populaire par Luc Sanguinède (1)

Dans la revue « développement et civilisation » de novembre -décembre 2012, Christophe Vandernotte présentant la démarche d’autobiographie raisonnée avance le point de vue que celle-ci peut être un support d’éducation populaire contribuant à un processus de conscientisation favorisant la constitution de groupes coopératifs engageant des projets permettant d’agir et chercher ensemble. Pour étayer son raisonnement il s’appuie sur la définition proposée par Christian Maurel dans son livre : « Éducation populaire et puissance d’agir » : « l’ensemble des pratiques éducatives et culturelles qui oeuvrent à la transformation sociale et politique, travaillent à l’émancipation des individus et du peuple et augmentent leur puissance démocratique d’agir »(2).

Dans un autre ouvrage, « Éducation populaire et travail de la culture »(3), Christian Maurel développe l’idée d’une nécessaire démarche praxéologique pour éviter l’instrumentalisation et la marchandisation des pratiques d’éducation populaire ; « C’est bien parce qu’elles manquent d’outils théoriques et pratiques que l’éducation populaire et le travail de la culture se trouvent enrôlés, discours à l’appui, dans des projets et démarches dictés par d’autres »(4).

En m’appuyant sur la même approche de l’éducation populaire proposée par Ch Maurel, « je voudrais montrer en quoi une démarche de recherche-action collective telle que la pratique les membres du réseau REPAIRA(5) est une authentique démarche d’éducation populaire participant à l’émancipation individuelle et collective de sujets citoyens non assujettis. »

LA RECHERCHE-ACTION COLLECTIVE : « qu’est ce que ça que c’est ? »(6).

Pour aller vite, je dirais que le point de départ d’une recherche-action collective s’origine dans le désir de praticiens du champ social qui, confrontés à une situation complexe, souhaitent chercher ensemble pour comprendre et entreprendre à partir de leur savoir d’acteurs articulés à une démarche scientifique. « La recherche-action est une recherche impliquée et impliquante, elle constitue un projet social doublé d’un projet scientifique »(7).

QUELQUES MODALITÉS D’UNE RECHERCHE-ACTION COLLECTIVE.

Dans une recherche-action collective, trois dispositifs me semblent incontournables : les acoras(8), les journaux d’atelier et la production finale.

- Les acoras (atelier coopératif de recherche-action) :

Ils réunissent, sous la conduite d’un animateur-chercheur, un groupe restreint d’acteurs qui entrent en recherche afin de produire des connaissances utiles à la mise en oeuvre de nouvelles manières d’agir. Dans un acora, de façon coopérative et collective, par touches


(1) Directeur Général Adjoint des services en collectivités territoriales et consultant-formateur par la rechercheaction. Luc.sanguinede@wanadoo.fr

(2) MAUREL (Christian), Éducation populaire et puissance d’agir, les processus culturels de l’émancipation, Paris, 2010, 241 pages, page 82

(3) MAUREL (Christian), Éducation populaire et travail de la culture, éléments d’une théorie de la praxis, Paris, 2000, L’Harmattan, 169 pages.

(4) Idem, page 27

(5) REPAIRA : Réseau des Professionnels de l’Accompagnement et de l’Intervention par la Recherche-Action, qui regroupe des intervenants spécialisés dans l’accompagnement de projets collectifs et individuels par la recherche-action (www.repaira.fr)

(6) Expression empruntée au clown Achille Zavatta.

(7) POURTOIS (Jean-Pierre), (1991), quelques caractères essentiels de la recherche-action en éducation, revue de l’institut de sociologie de l’université libre de Bruxelles, N°3 pages 559 – 572.

(8)Terme et démarche inventés par Christian Hermelin du collège coopératif de Paris. HERMELIN (Christian) L’acora, Paris, 2009, L’Harmattan, 328 pages.


successives vont se formuler une question initiale, le problème à résoudre, une hypothèse de travail. Il va s’effectuer un recueil de données, un état des lieux, une analyse. Il va se vérifier ou pas l’hypothèse, s’élaborer un plan d’action...

- Les journaux d’atelier :

Ce journal « a pour fonction d’organiser le cheminement du groupe en stabilisant ses progressions, en mémorisant les acquis et les hésitations »(9). Il rassemble les matériaux accumulés et constitue le corpus de base pour la production finale.

- La production finale :

La production dernière du groupe de recherche-action, qui peut prendre diverses formes (rapport, mémoire, ouvrage, …) finalise le travail mené en acoras et peut être le support, le point de départ de nouvelles manières de faire, d’acteurs engagés sur le terrain.

LES EFFETS DE LA RECHERCHE-ACTION.

- Les acoras :

Au cours des ateliers, les participants croisent leurs savoirs d’action, leurs savoirs d’expérience de vie, en s’appuyant sur les démarches scientifiques issues des sciences humaines ; « ça » cogite, « ça » tâtonne, « ça » s’émotionne, « ça » symbolise, « ça »dérive, « ça » s’autorise, « ça » rationalise,...Dans la pratique des ateliers s’expérimente le mouvement de va et vient entre la réflexion, le vécu, l’action, qui caractérise une démarche praxéologique.

- Les journaux d’atelier.

Puisque dans les ateliers, « ça » phosphore, les journaux sont réalisés pour recueillir ces « phosphorescences ». Le journal permet de les ordonner, de faire progresser la recherche jusqu’à son point final. C’est de mon point de vue, par les journaux d’atelier que chacun s’approprie les apports du groupe, les savoirs épars. C’est par les journaux d’atelier, leur élaboration et leur assimilation que chacun s’autonomise et s’émancipe des pensées ambiantes. Le journal « bouge » les postures et les pratiques, chaque participant pose alors un autre regard sur le réel à modifier.

- La production finale.

La rédaction d’un document final constitue un autre temps fort de formalisation des travaux menés en acoras. Il fait l’objet d’un structuration collective. Il est la preuve concrète, visible, lisible, qu’une démarche de recherche-action peut, sur un objet défini, transformer les acteurs du champ social en « expert » collectif du quotidien et aider à changer une situation, une organisation, une réalité... Dans l’introduction à cette réflexion, j’avance l’idée que la recherche-action collective peut être entendue comme démarche d’éducation populaire. Elle l’est à plusieurs titres. C’est un espace et un temps d’apprentissage et d’autoformation accompagnés (chercher pour entreprendre en se formant), un cadre et des outils théoriques, une démarche praxéologique, un processus d’émancipation individuelle et collective en accompagnant des femmes et des hommes à devenir des acteurs et des auteurs de leurs pratiques et de leurs discours, en « triturant » le réel pour le transformer par « une intelligence de l’agir »(10).


(9) Idem, page 83.

(10) Emprunt d’une partie du titre de l’ouvrage : MESNIER (P.M), VANDERNOTTE (Ch), sous la direction de, en quête d’une intelligence de l’agir (2 tomes), Paris, 2012, l’Harmattan.


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