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Dans Le Monde du 24-9-2018.
Recurrence et mondialité du populisme.
Bertrand Badie et Dominique Vidal.
dimanche 30 septembre 2018
publié par Christian Maurel

Récurrence et mondialité du « populisme »

Bertrand Badie et Dominique Vidal ont fait le pari d’appréhender ce phénomène sur la longue durée et à travers le monde.

Livre.

Le terme « populisme », du fait des usages inflationnistes dont il fait l’objet depuis plusieurs années, est devenu un obstacle à une analyse pertinente des transformations de la politique en Europe, aux États-Unis et en Amérique du Sud. Les responsables politiques et les médias ont pris l’habitude de classer dans la catégorie « populiste » tout courant où s’expriment des positions allant à l’encontre des partis politiques traditionnels qui ont gouverné en alternance ou en coalition. Partant de ce constat, Bertrand Badie et Dominique Vidal ont choisi de ne pas définir, de ne pas « chosifier » le populisme. Leur pari d’appréhender ce phénomène sur la longue durée, et à travers le monde, s’est avéré payant. Il leur a permis d’identifier ce qui rend le populisme obsédant : sa récurrence.

En effet, de 1870 à nos jours, période que M. Badie qualifie justement d’« âge des mobilisations nationales », quatre vagues populistes se sont succédé : tout d’abord, de 1870 à 1900, avec l’émergence du mouvement russe des narodniki, du Parti du peuple aux États-Unis et du boulangisme en France ; puis, pendant l’entre-deux-guerres, en Amérique du Sud, sous la conduite de Victor Raul Haya de la Torre au Pérou, de José Maria Velasco Ibarra en Equateur et de Getulio Vargas au Brésil ; ensuite, au lendemain de la décolonisation, sous la houlette d’Ahmad Sukarno en Indonésie, de Gamal Abdel Nasser en Égypte et de Kwame Nkrumah au Ghana ; enfin, après 1968, alors que l’Union soviétique n’attire plus, dans les pas de leaders nationalistes, tel Jean-Marie Le Pen.

« Populisme liquide »

Appuyé sur des contributions de journalistes et de chercheurs, dont les historiens Guy Hermet et Marc Ferro, toujours aussi éclairants, l’ouvrage reprend à nouveaux frais la notion de populisme. Le sociologue Raphaël Liogier avance que, contrairement aux années 1930, où il se nourrissait de solides doctrines marxistes ou racialistes, le populisme d’aujourd’hui, héritier de la perte de crédibilité des grandes idéologies qui ont marqué le XXe siècle, est empreint de l’angoisse des enquêtes d’opinion. En cela, on peut le qualifier de « populisme liquide » : il se révèle fluctuant dans le fond (ses logiques d’exclusion peuvent changer d’objet, allant du musulman au rom, du juif au journaliste et de l’immigré à l’homosexuel) et dans les formes (les opinions complotistes, les frustrations circulent via les réseaux sociaux sans contrôle idéologique, créant un effet immédiat).

Travaillant sur différentes échelles, les auteurs s’attellent à débusquer, d’un continent à l’autre, les dénominateurs communs du populisme : appel au peuple, nationalisme, culte du chef, fibre sociale, souverainisme… Des clés d’analyse qui permettent de restituer la complexité des mouvements populistes et de s’y retrouver dans le flou que ceux-ci installent en refusant souvent de choisir et en ne parvenant pas à gouverner de façon durable.

Le Retour des populismes. L’état du monde 2019, sous la direction de Bertrand Badie et Dominique Vidal , La Découverte, 256 pages, 19 euros.


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