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Dans Le Monde du 8-9-2018.
"Réfugiés, un marché sous influence" (documentaire) : comment l’industrie privée cible les réfugiés.
par Alain Constant.
dimanche 9 septembre 2018
publié par Christian Maurel

« Réfugiés : un marché sous influence » : comment l’industrie privée cible les réfugiés

Supermarchés, magasins d’équipements ménagers, structures d’habitation, ce documentaire* solidement construit raconte comment se développe un gigantesque marché international des camps.

On compte environ vingt millions de réfugiés vivant aujourd’hui dans des camps. Dans ces lieux de vie parallèles, le provisoire ayant tendance à durer parfois des décennies, des millions de femmes, d’hommes et d’enfants se retrouvent, de fait, dans la peau de clients potentiels et captifs pour des entreprises privées qui ont flairé le filon.

Ce documentaire solidement construit raconte comment se développe un gigantesque marché international des camps : supermarchés, magasins d’équipements ménagers, structures d’habitation (Ikea a même lancé un modèle perfectionné de tente pour réfugié), le business, destiné d’abord à rendre la vie un peu moins pénible pour ces malheureux, se révèle très rentable. Il existe même une Foire commerciale internationale de l’assistance où banques, start-up, grandes entreprises présentent leurs produits pour faciliter la vie quotidienne des réfugiés. Bon pour l’image et surtout bon pour les affaires, tant les sommes en jeu sont considérables. Juteux marché

En enquêtant auprès du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), l’agence de l’ONU qui gère les camps mais qui délègue de plus en plus de missions à des entreprises privées, on plonge au cœur d’un système qui fait entrer l’économie de marché au cœur de la détresse humaine.

Le Programme alimentaire mondial sous-traite lui aussi de nombreuses missions, et une entreprise privée a mis la main sur le juteux marché du contrôle des réfugiés par système biométrique. Sans oublier la firme britannique G4S, numéro un mondial de la sécurité privée, qui envoie ses agents surveiller les camps à travers la planète et protéger les salariés du HCR ou d’ONG sur le terrain. Cela rapporte gros.

Du camp de Zaatari en Jordanie à celui de Moria sur l’île grecque de Lesbos, en passant par Elbeyli en Turquie, se dessinent les nouveaux modes de vie de réfugiés obligés de consommer sur place sans espoir de sortir du camp. Le pire étant sans doute ce voyage au cœur de Dadaab, immense camp né il y a vingt-six ans dans le désert kényan, à quelques kilomètres de la frontière somalienne. Quelque 350 000 réfugiés y vivent, oubliés du reste du monde, surveillés de près par les salariés de G4S. Le camp, centre de mise à l’écart provisoire, devient aux yeux de plus en plus d’États une solution pérenne. Un constat accablant.

*« Réfugiés : un marché sous influence », de Nicolas Autheman et Delphine Prunault (Fr, 2017, 60 min).


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