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Au séminaire du Groupe d’Etudes et de Recherches Cliniques animé par Lise Maurer
" Un roman de l’origine : Aimable Jayet, Jean Oury et Jean Dubuffet "
Par Christophe Boulanger
vendredi 2 octobre 2015
publié par Madeleine Abassade

Au Séminaire De la trinité en déroute au sinthome, groupe d’études et de recherches cliniques, animé par Lise Maurer

Christophe Boulanger, doctorant au CEAC, Lille 3, présente : 

« Un roman de l’origine : Aimable Jayet, Jean Oury et Jean Dubuffet »

- Samedi 11 octobre 2015. De 14 heures à 16 heures 30 Institut Protestant de Théologie 83 Boulevard Arago – 75014 PARIS

Participation aux frais sur place 8 euros

«  Depuis 1941 Aimable Jayet, en son asile de Saint-Alban, ressasse autant qu’il explore sa vie présente et passée. Il compile, calcule, écrit, dessine et façonne ce qui tient lieu de recueils successifs. Une écriture de soi à l’allure d’épopée dans laquelle Jayet mêle histoire intime et turpitudes du siècle, d’une façon qu’on peut qualifier pour le moins de non conventionnelle. Comment rejoindre celui qui, pour reprendre les termes de François Tosquelles, semble vivre une « fin du Monde » ?

Jean Oury, en qualité d’interne, lui rend visite quotidiennement entre fin 1947 et août 1949. Il se demandera, écrivant sa notice pour Jean Dubuffet : « Mais était-ce bien « lui » ? N’était-il pas essentiellement « ailleurs » ? N’était-il pas l’insaisissable, le non-délimité ? Par où le rejoindre ? » [1]

Il est aussi ce créateur indiscipliné et libre dans lequel Jean Dubuffet reconnait, un art à l’état brut, une source de l’acte artistique. Plus loin encore, celui qui est devenu « homme et œuvre à la fois », par basculement du monde pratique dans un monde esthétique, celui qui « a franchi le miroir » pour reprendre un terme utilisé par Jean Oury à propos d’Auguste Forestier, ne porte-il pas avec lui les outils d’un dépassement de la notion même d’œuvre d’art au profit d’une Conation esthétique ?  A la suite de nos précédents échanges, et l’actualité de notre recherche, nous manipulerons à nouveau quelques pages de Jayet, en suivant certains méandres du texte, certains plis et reliures.

Tout en se tenant au plus près des formes d’inscription et de leurs liens avec l’hôpital de Saint-Alban, nous avancerons un peu plus dans les rapports entre fable et supports matériels. Nuls morceaux de bois, de ferraille ou débris de verre sont nécessaires à Jayet pour édifier, se recréer ; mais des sacs de ciment, des draps, des papiers à cigarette et feuilles libres, avant que ne lui parviennent, peut-être par l’intermédiaire de Jean Dubuffet, des cahiers d’écoliers.

Ce sont ces cahiers et leurs places dans la création de Jayet sur fond de correspondance entre Oury et Jean Dubuffet qui ouvriront le second temps de notre échange, basé sur un nouage (provisoire) des trois recherches de l’origine à la fois radicalement différentes et indissociables que nous offrent simultanément Aimable Jayet, Jean Oury et Jean Dubuffet. »

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Aimable Jayet est né en 1883 dans un village de Normandie. Ses deux frères et sa sœur sont morts en bas âge et ses parents, métayers, se sont séparés lorsqu’il avait dix ans. Il travaille comme garçon boucher chez divers patrons, fait son service militaire en 1904, se marie en 1911. Son enfant meurt à l’âge de cinq mois. Il va à la guerre de 1914. Il divorce et se remarie. Vers 1920, il se met à son compte comme boucher. Mais il donne des signes de déséquilibre et, après une tentative de suicide, il est interné dans les hôpitaux psychiatriques de la Seine de 1934 à 1939, puis, jusqu’à sa mort en 1953, à l’hôpital de Saint Alban dans la Lozère.

A l’hôpital, il écrivait beaucoup, sur des cahiers d’écolier, des papiers d’emballage, des chiffons blancs, entassant ses écrits dans une caisse sous son lit. Les documents qui ont été conservés datent de 1946 à 1950. Aimable Jayet illustre volontiers ses textes, dont il élabore la mise en pages d’une manière complexe, souvent sur deux pages en regard, en intercalant des fragments dans le sens perpendiculaire. [2]

G.R.E.C G roupe de Recherches et d’Etudes Cliniques Secrétariat, tel : 01.46.27.85.68

Post Scriptum :

Bibliographie :

Jean Oury, « Jayet le boucher », Cahier de l’art brut N°3, Paris, 1965

Claude Edelman, « Les cahiers d’Aimable Jayet », idem.

Jean Oury, Création et Schizophrénie, Galilée, 1990.

Michel Thévoz, Le langage de la rupture, PUF, 1978

Tosquelles, Le vécu de la fin du monde dans la folie. Ed. de l’Arefpi, 1986.

Trait d’Union, Les chemins de l’art brut à Saint-Alban- sur-Limagnole, catalogue d’exposition, commissariat de l’exposition, Savine Faupin, conservatrice et Christophe Boulanger, attaché de conservation au Musée d’art Moderne Lille Métropole. 2007.

[1] Jean Oury, « Jayet le boucher », Cahier de l’art brut N°3, Paris, 1965, p.125.

[2] Michel Thévoz, Ecrits bruts, PUF, p. 133-139.


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