Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteLa lettre de l’OCR
Dernière mise à jour :
lundi 5 janvier 2009
Date :
2006
Présentation du collectif
vendredi 1er décembre 2006
par Marc Lacreuse

Pourquoi relancer une réflexion sur l’educ pop en 2OO5 ?

Le philosophe et historien de l’art Louis Marin déclarait, dans son introduction au Portrait du Roi (Editions de Minuit.1981) que « Représentation et pouvoir sont de même nature ». Travailler aujourd’hui à sortir de la crise profonde - constatée par un nombre grandissant de citoyens - des institutions politiques issues d’une conception purement délégataire de la démocratie, implique de passer par un examen panoramique approfondi de nos systèmes de représentations de nos sociétés. Cela signifie que l’on ne peut plus changer le monde par mandat donné, par simple délégation de pouvoir. Un des corollaires de ce constat est que nous nous devons de nous extraire d’une conception de plus en plus muséale de la démocratie pour en faire une conquête permanente, dynamique, appelant la confrontation, l’interpellation publique, la possibilité d’intervention dans le changement du monde . C’est à partir de là que nous entrons en lien avec ce qui se tente ici ou là pour contribuer à fonder une nouvelle pensée et une nouvelle pratique de l’Education populaire. La question de l’éducation du peuple (ce mot que le capitalisme essaie de faire disparaître de nos dictionnaires quotidiens, ou que le populisme essaie de détourner) est certes toujours aussi d’actualité (mais précisément : l’école a-t-elle encore les moyens de cette ambition ?) , mais ce que ce monde qui est le nôtre exige aujourd’hui c’est de libérer les immenses capacités de ce même peuple (dans sa diversité culturelle,ethnique,sociale …) à construire de nouveaux savoirs à partir de lui, à mettre en oeuvre son intelligence collective . C’est donc bien notre mode de représentation du « vivre ensemble » qui est en cause. Bon nombre de nos pensés en ce domaine sont encore attachées à une sorte de « rapport au Prince » séculaire. Le Prince a aujourd’hui le masque de l’élite, de la technocratie, de l’expert, de la hiérarchie comme système auto-institué de normalité. Repenser l’Education populaire en 2OO5 appelle une nouvelle réflexion sur ce qui doit fonder la Cité demain. C’est évidemment très ambitieux et utopique (l’Agora et le théatre grecs ne l’étaient-ils pas pour leur temps ?). Mais c’est en route.

Motivation culturelle ? sociale ? politique ?

Il n’est plus très productif de penser aujourd’hui ces réalités en reproduisant des clivages et des catégorisations par trop cloisonnés. Je dirais même qu’un des enjeux de cette tentative de re-penser l’Education populaire réside précisément dans l’examen critique d’un certain nombre d’étiquetages labellisés qui fondent les politiques publiques, réalités économiques nationales et internationales, organisations sociales... Cela est vrai pour le champ artistique également bien sûr : que l’on pense par exemple à l’incapacité ministérielle (souvent reprise dans les déclinaisons locales, régionales, départementales ) à penser les mutations en cours dans les formes artistiques, les nouveaux modes de création, les nouvelles formes d’organisations des créateurs…. Franck Lepage, dans son spectacle “Incultures”, souligne fortement ce phénomène et quel fut l’apport de Marcuse nous mettant en garde il y a plusieurs décennies sur le mouvement idéologique en marche essayant de nous rendre impuissant à penser nos conditions sociales (intimes ou collectives) en parasitant nos vocabulaires conceptuels, en supprimant des mots-clés de la pensée pour les remplacer par des mots-cadenas, ou qui ne disent plus rien Cette perspective et cette errance de la pensée nous menacent aujourd’hui très directement . A cela s’ajoute des phénomènes plus ou moins corporatistes qui enferment l’expression des problèmes de société dans des clivages bien trop hermétiques : certains débats sur l’art relèvent de cette dérive . Mais il en est de même dans d’autres domaines. Je me souviens d’une tentative opérée par une Préfecture de créer les conditions d’un bilan concernant les politiques de la ville : j’avais été effrayé de constater l’incapacité totale des professionnels de la culture (j’en suis presque à voir dans ces deux mots l’émergence d’un oxymore contemporain) de nouer le moindre dialogue avec leurs collègues de l’action sociale. Chacun pensait son activité avec les lexiques qui lui sont attachés, dans une incommunication inquiétante ! On pourrait citer ici toute la liste de colloques enfermés dans ce cloisonnement mortifère : les greniers des DRAC sont foisonnant de leurs actes . Il serait bon qu’un jour cela soit évalué , mais avec les citoyens cette fois-ci . Cà pourrait être enfin passionnant . Aujourd’hui il faut problématiser en interactions les diverses dynamiques qui organisent nos vies : la question de la production des richesses et de leur distribution par exemple , que l’on appelle l’économie , ne doit-elle pas être mise en relation avec les politiques urbaines, ou éducatives ? Celle de la création artistique avec celle de la mondialisation des cultures ? Celle de la fréquentation des équipements culturels labellisés (en stagnation depuis des décennies : on peut simplement remarquer que les gens cultivés se cultivent de plus en plus, ce qui fait bouger certains chiffres de bilan) avec celle des “ nouveaux territoires de l’art” ? Cela signifie que les chantiers ouverts de la rénovation de l’éducation populaire essaient de remettre autour de la même table ceux que 3O années de politiques de cloisonnement publics et privés ont séparés, éloignés, interdits de fréquentation. Partout où cela se tente , cela libère de la belle énergie humaine pour changer le monde. Donc politique.

Quelques mots du Collectif « Education populaire & Transformation sociale »

En 1998, Marie George Buffet avait autorisé, alors qu’elle était Ministre de la Jeunesse et des Sports (le ministère de la relégation de l’Education populaire, bien loin de celui de la Culture qui aurait trouvé le mariage infâmant sans doute !) une offre publique de réflexion à ce sujet, en mettant ses services à la disposition de cette forme unique dans les annales de la République de cette forme originale de délibération citoyenne. Des centaines de collectifs très métissés socialement, donc des milliers d’hommes et de femmes en France avaient retroussé leurs manches. Avec une masse impressionnante de réunions, de textes, de contributions , de propositions inédites. Cela devait donner naissance à une loi-cadre nouvelle pour l’éducation populaire. La fin de ce qui était nommé la « gauche plurielle » a tout stoppé. Je ne me faisais aucune illusion sur la capacité du gouvernement actuel de poursuivre cette belle dynamique. C’est donc sans nostalgie aucune que nous souhaitons construire une « Offre civile de réflexion » pour contribuer, modestement, à remettre l’éducation populaire au cœur d’un certain nombre de préoccupations publiques. J’observe que de très nombreuses associations, y compris parmi les plus récentes, se reconnaissent dans cette démarche, et pas seulement Attac. Le Collectif que nous avons mis sur pied souhaite aller vers une Université de l’Education populaire à l’automne 2OO6-07. Plusieurs partenaires publics nous ont fait part de leur intérêt. Cassandre s’est proposé pour accompagner et enrichir notre projet, et c’est très bien. Chacun peut nous rejoindre à sa convenance : notre réflexion est une maison commune !

Marc Lacreuse


Répondre à cet article
Articles de cette rubrique